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Analyses et réflexions politiques

Face aux bureaucraties de la vieille gauche, giletjaunons la grève !

Un excellent texte du média local culturel « Zones Subversives »  :

 » Pour giletjauner la grève

C’est le retour du vieux mouvement social. Les manifs syndicales paraissent bien ternes après la révolte des Gilets jaunes. On est loin d’un mouvement sauvage et spontané porté par des précaires et des salariés à bas revenus. La grève perlée amorcée le 5 décembre 2019 mobilise surtout la bonne vieille fonction publique encadrée par ses bureaucraties syndicales. Certes, certains cheminots et militants syndicaux ont été ébranlés par les Gilets jaunes et ne veulent plus se contenter de défendre leur statut. Mais la grève peine à se propager dans le secteur privé, et encore moins dans les petites entreprises. C’est évidemment plus facile d’assumer de faire grève pour un prof que pour un travailleur précaire qui côtoie son patron ou son chef de service noyé dans la start-up nation. 

Difficile de ne pas attaquer les bureaucraties syndicales, et la vieille gauche en général, pour expliquer cette nouvelle défaite programmée. La CGT montre ce qui lui reste de muscles en mobilisant ses « secteurs-clés » (SNCF, Ports et docks, pétrochimie, énergie). Pour le reste, la fameuse « construction de la mobilisation » n’est qu’une vaste blague. Les syndicats s’opposent à une généralisation de la grève. La propagation de la conflictualité dans des secteurs plus incontrôlables leur fait craindre une « giletjaunisation » du mouvement. L’auto-organisation et des pratiques de lutte qui débordent du cadre légal risquent de renvoyer les syndicats dans les poubelles de l’Histoire.

Nénamoins, le mouvement actuel tente quelques débordements, avec des formes de grèves actives qui ne se réduisent pas aux « journées de mobilisation ». Dans certains endroits, des actions de blocage économique permettent d’intensifier la grève. Mais il semble également important de l’élargir. Il manque des débrayages et encore plus des actions directes dans les entreprises pour se confronter au patron et à la direction. La conflictualité sociale doit se propager et non se réduire à des petits noyaux militants plus ou moins radicalisés. 

Mais de nouvelles formes de révolte éclatent à travers le monde (Algérie, SoudanHong Kong, Chili, Liban, Irak, Iran) ouvrent des processus révolutionnaires qui ne s’éteignent pas. Désormais, la moindre étincelle peut devenir une explosion. Dans ces soulèvements, les syndicats et partis de gauche sont marginalisés. La révolte reste massive et spontanée. Les exploités relèvent la tête face à l’écrasement du capital. Mais ils ne savent pas toujours ce qu’ils veulent réellement.

Les revendications restent souvent réformistes. Ces révoltes attaquent des Etats autoritaires et les inégalités. Elles veulent plus de démocratie et et de justice sociale. Mais sans forcément remettre en cause les fondations de la société marchande. En France comme à travers le monde, il semble important d’inventer de nouvelles perspectives pour sortir de l’éternel retour à la normale. Il ne faut plus se contenter de vouloir améliorer un monde de misère et d’exploitation pour enfin vivre pleinement. Il faut en finir avec le travail, la marchandise et l’Etat. Seul le désir d’inventer un autre monde peut permettre de souffler sur les braises des révoltes sociales. « 

Points de vue sur les Gilets jaunes

Article de Zones Subversives (http://www.zones-subversives.com/2019/10/points-de-vue-sur-les-gilets-jaunes.html)

Points de vue sur les Gilets jaunes
La gauche intellectuelle et militante reste secouée par le mouvement des Gilets jaunes. Certains dénoncent une agitation populiste voire fasciste. D’autres y décèlent l’insurrection qui vient. Quoi qu’il advienne, les gilets jaunes ont profondément bouleversé le mouvement social. 

 

Le mouvement des Gilets jaunes apparaît inédit et inattendu. Ses pratiques de lutte, ses lieux d’action, sa composition sociale, sa diversité idéologique et ses multiples revendications distinguent ce mouvement social qui sort de l’encadrement des partis et des syndicats.

Les intellectuels de gauche sont divisés par rapport aux Gilets jaunes. Certains soutiennent une révolte populaire qui porte des perspectives d’égalité et d’émancipation. D’autres dénoncent la confusion idéologique qui alimente les idées réactionnaires.

La revue Lignes se révèle également divisée à ce sujet. Ses contributeurs ont pourtant partagé des points de vue similaires au sujet de la révolte des banlieues de 2005 ou de la vague d’attentats en 2015. Malgré leurs divergences, ces intellectuels considèrent que les causes du mouvement des Gilets jaunes demeurent justifiées. Un débat traverse le numéro 59 de la revue Lignes sous le titre « Gilets jaunes : une querelle des interprétations ».

 

Michel Surya - Lignes N° 59 : Les  gilets jaunes : une querelle des interprétations.

 

Révolte populaire et spontanée

 

Sophie Wahnich tente d’éclairer le mouvement des Gilets jaunes à la lumière de l’Histoire. Les Gilets jaunes ne sont pas des militants politiques qui mettent en avant leur idéologie. « Les Gilets jaunes apparemment ne sont ni encartés, ni syndiqués, ni clairement politisés au sens d’une appartenance assumée à une sensibilité politique identifiable », observe Sophie Wahnich. Ils manifestent souvent pour la première fois. Ils se disent mal payés mais aussi ignorés et méprisés. Cet événement déclenché par la taxe carbone révèle une aspiration à la liberté et à l’auto-organisation. « C’est notable dans la grande inventivité formelle, tactique et stratégique qui a été la leur et qui ne pourra être seulement refoulée », souligne Sophie Wahnich. Ce mouvement s’accompagne d’une importante sympathie de la part d’une grande majorité de la population.

Les éditorialistes et politiciens macronistes désignent ce mouvement comme « poujadiste ». Les drapeaux tricolores, la Marseillaise et la demande antifiscale restent des marqueurs d’extrême-droite. L’apolitisme des Gilets jaunes tolère ces symboles de confusion, ce qui effraie les intellectuels et militants de gauche, des républicains aux anarchistes.

Mais la nouveauté des Gilets jaunes suscite la sympathie. Ce mouvement invente de nouvelles pratiques de lutte. « Les gens étaient quasi neufs pour la plupart et ils ont inventé des formes kaléidoscopiques avec la multitude de ronds-points et de pages sur les réseaux sociaux », décrit Sophie Wahnich. Avec les occupations, les blocages et les manifs insurrectionnelles, l’Etat a peur. Le pouvoir déclenche alors la répression à partir de décembre 2018. Les violences policières se multiplient.

 

Jacob Rogozinski souligne la dimension imprévisible du mouvement des Gilets jaunes. C’est ce qui caractérise un véritable événement. La Commune de 1871, les grèves de 1936, la révolte de Mai 68 sont également des soulèvements imprévisibles. Cet événement impose, pour le comprendre, de changer de catégories d’analyse et de penser autrement. « Comme tout événement, il opère un clivage entre ceux qui sont sensibles à sa nouveauté, à sa force d’effraction, et ceux qui insistent au contraire sur ces aspects les plus problématiques ou s’effrayent par avance de ses conséquences », observe Jacob Rogozinski.

Ce mouvement se distingue par son ancrage social et territorial, par son absence de chefs et par l’apparition de tendances démocratiques radicales. Ce mouvement émerge dans des zones périurbaines dans lesquelles il ne s’est jamais rien passé. Il est porté par des catégories sociales qui n’ont pas l’habitude de se politiser. Personne n’a imaginé voir la préfecture du Puy-en-Velay incendiée.

La spontanéité et l’auto-organisation sont dénoncées par les avant-gardes léninistes qui fustigent un « manque de discipline ». C’est pourtant ce qui fait la force de ce mouvement, qui lui permet de mobiliser largement et de tenir sur la durée. Les Gilets jaunes affirment leur capacité politique en dehors de tout parti existant. La revendication du RIC émerge pour demander plus de démocratie. Mais elle est également critiquée car elle ne remet pas en cause la démocratie représentative et la classe dirigeante. « Dans cette perspective, il ne s’agit plus d’exiger d’être mieux représenté, mais d’abolir toute instance de représentation politique », souligne Jacob Rogozinski. Les Gilets jaunes de Commercy appellent à multiplier les comités populaires et les assemblées. Une organisation horizontale doit permettre de se coordonner à travers des délégués avec des mandats révocables et tournants.

Mais ces formes d’auto-organisation ont été écrasées dans les révoltes historiques. Les sections de sans-culottes de la Révolution française ont été démantelées par Robespierre. Les communautés libertaires de la révolution espagnole de 1936 ont été anéanties par les staliniens et les franquistes. Les soviets de la révolution russe ont été engloutis par la bureaucratie bolchevique. Ces formes d’auto-organisation surgissent de manière spontanée mais finissent par se déliter. « Il faut reconnaître qu’elles ont été vaincues en raison d’une faiblesse interne : dès que retombe l’effervescence des soulèvements, la chair du social tend à se défaire, à se disperser à nouveau en une multitude passive d’individus isolés », analyse Jacob Rogozinski.

 

Sur un barrage, samedi 17 novembre. © DR

 

Dangers réactionnaires

 

Le philosophe Arnaud Tomès évoque le populisme supposé des Gilets jaunes. Les éditorialistes dépeignent cette révolte populaire en mouvement poujadiste et fascisant. L’historien Gérard Noiriel rappelle que les révoltes sociales s’attaquent souvent à la fiscalité pour cibler l’Etat central.

Ernesto Laclau théorise la stratégie populiste qui consiste à agglomérer des milieux sociaux différents, comme les employés, les ouvriers et les petits patrons. Des demandes sociales et démocratiques doivent unifier le peuple. Néanmoins, Laclau insiste sur l’importance du chef alors que les Gilets jaunes rejettent toute forme de délégation institutionnelle. Mais cette stratégie repose sur la confusion. Surtout, une fois élus, les partis populistes remplacent leurs promesses de démocratie directe pour s’approprier les différents appareils de pouvoir au nom du peuple.

 

Le philosophe Alain Badiou, pétri d’idéologie maoïste, ne soutient pas le mouvement social. Il comprend les causes de la révolte, avec l’appauvrissement de la population liée à la crise économique. Mais il considère les Gilets jaunes comme un ramassis de boutiquiers et de petits patrons guidés par des aspirations réactionnaires. 

Alain Badiou fustige également la spontanéité et l’auto-organisation du mouvement. « Leurs proclamations, leur désorganisation périlleuse, leurs formes d’action, leur absence assumée de pensée générale et de vision stratégique, tout cela proscrit l’inventivité politique », estime Alain Badiou. Le maoïste préfère les partis disciplinés qui n’ont pourtant jamais rien obtenus de valable. Le philosophe souligne l’échec des mouvements Occupy. Il insiste sur l’importance du Parti pour diriger les révoltes populaires.

Néanmoins, Alain Badiou pointe une limite importante du mouvement. Les Gilets jaunes reposent sur l’unité contre Macron, voire sur une opposition entre un peuple supposé homogène et des élites. Cette unité reste factice. Ensuite, le mouvement ne propose aucune véritable perspective politique au-delà de la démission de Macron. Mais Alain Badiou se fourvoie lorsqu’il insiste sur le rôle moteur de l’idéologie. C’est bien l’action directe, les pratiques de grèves et de blocages qui restent le moteur des révoltes sociales.

 

Jean-Luc Mélenchon, lors de la « marche contre le coup d’Etat social », à Paris, le 23 septembre.

 

Faillite de la gauche

 

Le sociologue Philippe Corcuff estime au contraire que ce sont les partis de gauche qui entretiennent la confusion et nourrissent le danger réactionnaire. Philippe Corcuff veut en finir avec la gauche radicale en France. Cette mouvance comprend les débris de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), de l’altermondialisme avec ATTAC, et des syndicats comme Solidaires. Cette gauche émerge dans les années 1990 et se focalise sur la dénonciation du néolibéralisme. Le mouvement de l’hiver 1995, le référendum européen de 2005 et la lutte contre le CPE en 2006 restent ses grandes victoires. Mais cette vieille gauche semble essoufflée.

Le contexte intellectuel évolue. Les thématiques identitaires et la montée de l’extrême-droite ciblent les migrants et les musulmans. Se focaliser sur le néolibéralisme conduit à occulter le danger du nationalisme et des mesures sécuritaires issues de l’antiterrorisme. Le courant du souverainisme de gauche semble indifférent à ce danger et tend à l’alimenter.

Ensuite, la gauche s’indigne des diverses formes de dominations mais refuse de penser des perspectives émancipatrices. La spécialisation académique se focalise sur des aspects séparés. La logique postmoderne valorise la « déconstruction » et l’émiettement du sens.

 

Un confusionnisme se diffuse. L’extrême-droite incarnée par Alain Soral s’appuie sur la critique du « système ». Mais la gauche se contente d’une critique superficielle et simpliste du néolibéralisme et de la « pensée unique » qui peut déboucher vers des discours complotistes. Des économistes de gauche valorisent même la « solution nationale » contre l’Europe. Frédéric Lordon ne cesse de célébrer les vertus de l’Etat-nation. Le rejet de Macron peut même déboucher vers des alliances avec l’extrême-droite. L’éditeur Eric Hazan estime que le mouvement des gilets jaunes permet une alliance souhaitée entre extrême-droite et extrême-gauche.

C’est dans ce contexte de décomposition intellectuelle et politique que surgit le mouvement des gilets jaunes. La gauche ne cesse de minimiser les discours anti-migrants et complotistes pour repeindre le mouvement en rouge. Le gauche idéalise le bon peuple et se contente de suivre un mouvement qu’elle ne comprend pas. Les structures et les appareils de la gauche ne portent plus aucune perspective d’émancipation  individuelle et collective. Mais des groupes locaux et des pratiques d’auto-organisation peuvent permettre de reposer la question de l’émancipation.

Judith Balso reprend les fantasmes de la gauche parisienne sur le mouvement. Les gilets jaunes seraient manipulés par l’extrême-droite. Son point de vue est révélateur de la vieille gauche et de ses intellectuels déconnectés des luttes sociales. Les conditions de vie des exploités ne préoccupent pas cette mouvance. Le peuple doit alors s’unir derrière la défense des services publics et de l’Etat.

 

Un manifestant gilet jaune réclamant le RIC samedi 15 décembre à

 

Limites du réformisme

 

Gérard Bras observe le retour de la notion de peuple. Les gilets jaunes remettent en cause la représentation politique et les institutions traditionnelles. Ils opposent alors le peuple à la classe dirigeante. Néanmoins, les gilets jaunes évoquent aussi l’idée d’un peuple homogène contre les élites. Cette lecture peut exclure les étrangers et les immigrés. Ensuite, la notion de peuple occulte les clivages de classe qui traversent la société. Le peuple comprend des groupes sociaux qui ne partagent pas les mêmes intérêts.

Yves Dupeux évoque les limites politiques du mouvement. Cette protestation ne s’inscrit pas dans une perspective révolutionnaire. Les gilets jaunes dénoncent les excès du capitalisme, sans le remettre en cause. « Ils s’en prennent à ceux qui profitent du système plutôt qu’au système du profit », résume Yves Dupeux.

 

Guillaume Wagner observe également que les gilets jaunes avancent surtout des revendications modérés. Ils demandent des augmentations de salaires et des réformes institutionnelles comme le RIC. « Pour l’heure, les Gilets jaunes ne veulent pas de révolution ; si, par révolution, nous entendons abolition irréversible de l’économie politique, de l’exploitation et de la marchandise, c’est-à-dire de la société de classe », analyse Guillaume Wagner. Les Gilets jaunes veulent un nouveau compromis social, avec de nouveaux droits. Mais la situation économique empêche une amélioration de leurs conditions. La révolution peut alors s’imposer comme une nécessité.

Mais le mouvement des Gilets jaunes ne repose pas sur une idéologie politique. Les discussions autour des ronds-points et des péages portent sur les conditions de vie et sur les problèmes du quotidien. « Se rendre compte qu’on subit tous les mêmes rouages d’exploitation engendrant les mêmes galères, et toutes les barrières idéologiques fabriquées par les médias pour nous isoler les uns les autres s’effondrent », observe Guillaume Wagner. Une force collective se crée, non pas à partir d’une identité mais à partir d’une condition partagée. Le mouvement part du vécu de prolétaires qui subissent l’exploitation. Cette force collective rejette l’Etat et les partis. Elle se méfie de la récupération, des institutions, de toute forme de représentation et d’encadrement.

Les manifestations et les blocages montrent leurs limites. La grève active devient indispensable pour briser la routine du quotidien. « En effet, le lundi, on retourne courber l’échine, au taf, au pôle emploi ou à la caf », regrette Guillaume Wagner. Mais la grève doit se généraliser, y compris en dehors des entreprises. Ce mouvement doit « fusionner » la grève générale de décembre 1995, le mouvement des chômeurs de 1998, la lutte anti-CPE de 2006 et la révolte des quartiers populaires de l’automne 2005. La grève doit se propager dans tous les secteurs de travail, mais aussi dans toutes les expériences du quotidien.

 

Lors de l' assemblée génèrale des gilets jaunes à Commercy, le 26 janvier

 

Débats et analyses

 

La revue Lignes proposent des contributions originales. Les points de vue exprimés ont le mérite de la clarté. Même si beaucoup restent finement nuancés. Ces articles reflètent bien les débats qui agitent les milieux intellectuels et militants à propos de cette révolte singulière. La revue peut donc permettre de nourrir la réflexion à travers des points de vue divers.

L’hostilité au mouvement provient de la vieille gauche la plus racornie. Alain Badiou, qui baigne dans la petite bourgeoisie intellectuelle, croit voir les « classes moyennes ». Mais les Gilets jaunes peinent à survivre et dénoncent les faibles revenus. Ils aimeraient vivre dans le même confort que le philosophe maoïste pour disserter paisiblement sur l’idée communiste.

La composition sociale du mouvement fait débat. Beaucoup d’intellectuels se réfèrent à la notion confuse de peuple. Ce serait l’alliance des petits patrons avec leurs employés. Mais les gilets jaunes sont avant tout des exploités. Les commerçants ont soutenu la dénonciation des taxes au début. Mais ils sont rapidement sortis d’un mouvement qui demande l’augmentation des revenus et attaquent les centres-villes commerçants. Les « artisans » sont bien souvent des travailleurs manuels et des auto-entrepreneurs qui touchent de faibles revenus. On est loin du « parti de la boutique » avec ses riches commerçants.

Mais les gilets jaunes ne luttent pas dans les entreprises. Ce n’est pas la position sociale et le statut qui sont déterminants, mais le niveau de vie et les revenus. C’est sans doute la force de ce mouvement populaire qui sort de l’esthétique de gauche colonisée par les cadres de la fonction publique. Mais c’est aussi sa limite. L’opposition entre les salariés et les patrons, entre les exploiteurs et les exploités, n’est pas mise en avant. Mais Philippe Corcuff souligne que la gauche radicale abandonne toute analyse de classe pour une bouillie semi-complotiste. Les gilets jaunes sont aussi le produit du contexte intellectuel et politique.

 

Les intellectuels de gauche sont également désarçonnés par la spontanéité de la révolte. Ils se sentent davantage rassurés par les slogans vides de sens et les ballons de la CGT. Mais Alain Badiou réduit les limites de ces mouvements à leur auto-organisation et à leur absence d’encadrement. Pour lui, un mouvement digne de ce nom doit être piloté par une secte bureaucratique, maoïste et dirigée par un philosophe, normalien de préférence. Les vieilles pleurnicheries autour de la défense de l’Etat et des services publics sont également absentes du mouvement. De manière plus subtile, des intellectuels comme Jacob Rogozinski plaident pour l’intégration du surgissement spontané dans l’appareil d’Etat et la démocratie représentative. Mais ce serait vider le mouvement de son contenu et de sa force transformatrice.

Les critiques les plus pertinentes du mouvement attaquent au contraire son côté réformiste et citoyen. Philippe Corcuff décrit bien la décomposition intellectuelle de la gauche. Mais il évoque peu sa dimension réformiste. L’abandon de l’analyse de classe pour une morale citoyenniste reste le cœur du problème. Des contributeurs de la revue Lignes s’inscrivent toujours dans cette démarche. Au contraire, Guillaume Wagner insiste sur l’importance de la lutte des classes. Il évoque les limites d’un mouvement qui prend la rue et les ronds-points, mais délaisse les entreprises.

Les gilets jaunes attaquent surtout les flux et les banques. Mais ils évoquent peu la grève et le blocage des lieux de production. L’approche de Guillaume Wagner s’avère la plus pertinente. Il délaisse les considérations morales sur le mouvement pour analyser ses limites et ses perspectives stratégiques. Comment gagner et pour quelle société restent les questionnements centraux qui doivent animer les gilets jaunes et les révoltes sociales à venir.

Pour une apocalypse de la gauche

Superbe texte de Zones Subversives ( http://www.zones-subversives.com/2019/06/pour-une-apocalypse-de-la-gauche-edito-n-38.html ). A lire.

Pour une apocalypse de la gauche : édito n°38

La gauche retrouve sa vraie place : dans les poubelles de l’Histoire. La révolte des gilets jaunes montre que les vieux appareils, les partis et les syndicats, ne servent à rien. Il n’y a plus rien à encadrer, à négocier, à aménager, à réformer. La crise économique de 2008 a définitivement rendu à la gauche son rôle historique de pièce de musée.

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Harcèlement sexuel, milice privée, détournement d’argent public, convocations policières : à l’université Paul Valéry, tout est permis ?

Encore une fois, l’université Paul Valéry Montpellier 3 fait parler d’elle, et pas pour le meilleur. On connaissait déjà la volonté inébranlable de la direction de cette université pour imposer au forceps une sélection sociale implacable, que ce soit en Licence l’an dernier comme en Master en 2017. Mais le propre du pouvoir professoral et de la violence institutionnelle, c’est de ne connaitre aucune limite.

Il y a un peu plus d’un an, une responsable de l’université, connue pour vendre à la FNAC des livres « féministes » pour gonfler son compte bancaire, s’illustrait dans la presse locale en encourageant les victimes d’agression sexuelle au sein de l’université à ne pas porter plainte. On apprenait par un communiqué du syndicat des étudiants du campus, le SCUM, que ce sont les étudiants qui ont dénoncé ces propos abjects qui se retrouvent convoqués au commissariat, ce jeudi 31 janvier. Un rassemblement était prévu ce jeudi 31 janvier devant le commissariat de police de la Mosson,  afin de soutenir les « lanceurs d’alertes » que l’université tente de contraindre au silence par la multiplication de plaintes.

Mais coup de théâtre, suite à l’appel à rassemblement lancé par le syndicat étudiant, ce dernier à reçu un coup de téléphone l’informant que la convocation était annulé et que la plainte de la responsable de la « mission égalité de l’université Paul Valéry était classée sans suite. Si c’est assurément, comme l’indique l’association étudiante dans un communiqué, « victoire pour les victimes d’agression et de harcèlement sexuel ainsi que leurs soutiens« , c’est clairement insuffisant, puisque cette personne pourra toujours continuer continuera à profiter du poste qui est le sien pour encourager les victimes à ne pas porter plainte contre leurs agresseurs. La direction de l’université, soutenue par plusieurs associations largement subventionnées, a décidé d’enfoncer le clou lors d’un conseil de la vie universitaire le 05 février : une motion de soutien à la responsable de la mission égalité. Comble de l’ignominie, même les élus du syndicat réformiste et « antisexiste » Solidaires Etudiant-e-s ont soutenu cette responsable, se positionnant encore une fois du côté de la direction de l’université et contre les victimes et leurs soutiens.

Mais l’université Paul Valéry Montpellier 3 ne s’illustre pas uniquement par son soutien à des responsables couvrant des agressions sexuelles.

Le 11 décembre 2018, on apprenait que la milice privée embauchée par la présidence de l’université pour réprimer violemment les étudiants mobilisés au printemps dernier, l’avait été dans de curieuses conditions. Le journal Médiapart a en effet révélé que l’entreprise, proche d’Alexandre Benalla et d’Emmanuel Macron, avait été embauchée par l’intermédiaire de la responsable locale des « Jeunes Avec Macron ». Cerise sur le gâteau, les 260 000€ de contrat n’ont fait l’objet d’aucun appel d’offres ! Un beau cadeau qui a encouragé plusieurs associations (le syndicat SCUM et l’association  anti-corruption Anticor 34) à signaler auprès du Procureur de la République, en janvier 2019, ces curieux contrats. Le SCUM est même allé jusqu’à déposer une plainte contre Patrick Gilli, président de l’université Paul Valéry, pour « détournement de fonds publics » et « favoritisme ». Depuis, une enquête a été ouverte sur ces malversations, et l’université a répliqué en déposant une grotesque plainte contre l’association étudiante.

Si ces faits illustrent à merveille la fonction première de l’institution universitaire, qui est la reproduction du modèle social, ils prouvent surtout qu’il est nécessaire de sortir des constats et du jeu institutionnel afin d’entrer dans une lutte plus spontanée, plus radicale et plus inventive, dépassant les logiques de représentation et de légitimation de l’institution.

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SCALP / No Pasaran 34
Antifascisme radical et lutte de classes à Montpellier
http://www.scalp34.wordpress.com

Direction et bureaucrates contre la lutte à la fac

Comme on l’avait constaté lors du mouvement étudiant du printemps 2017 contre la mise en place de la sélection en Master, les mêmes bureaucrates étudiants conservent un fort pouvoir de nuisance sur les luttes étudiantes.

En cet automne 2018, nous relayons un texte sur les freins au mouvement étudiant en cours, publié sur le site « le pressoir ». L’humanité de vivra heureuse que lorsque le dernier bureaucrate aura été pendu avec les tripes du dernier bureaucrate ! Lire la suite

La finale de la Coupe du Monde de football à Montpellier

 Près de 20 000 personnes ont fêté la victoire de l’équipe de France hier soir dans les rues de Montpellier. Au delà de l’aspect technique de ce beau match, et de l’aspect financier d’un événement d’ou sortiront surtout gagnants les multinationales et la FIFA, plusieurs faits sont à noter :
– Malgré l’impressionnant dispositif sécuritaire dans le stade de Moscou, les anarchistes des Pussy Riots ont envahi le terrain de jeu, et le joueur Kylian Mbappé a checké l’une d’entre elles devant les milliers de spectateurs, les millions de téléspectateurs, et juste sous le nez de Vladimir Poutine.
– Alors que Poutine, Macron et la présidente Croate attendaient sous la pluie les joueurs pour les féliciter, ceux-ci ne se sont pas génés pour les faire attendre et ont préféré d’abord partager entre eux leur bonheur d’être champions du monde, rompant ainsi avec le protocole.
– Dans plusieurs villes (Paris, Nantes, Lyon…etc), des émeutes massives ont éclaté contre les tentatives policières de contenir la joie des milliers de supporters dans les rues de ces villes. La tentative grossière de la préfecture de police de Paris et la RATP d’empêcher les banlieusards de venir fêter la victoire en ferment les lignes de bus a été un échec.
– A Montpellier, dans la « fan zone », quand Macron est apparu dans l’écran géant, il a été hué par les 12 000 personnes présentes.
– Sur la place de la Comédie, les célébrations ont donné lieu à une véritable et incontrôlable explosion populaire (feux d’artifices sauvages, pogos, gens qui escaladent les lampadaires géants, bataille d’eau géante, fumigènes…etc). Aux alentours de 23h15, une manifestation sauvage et spontanée est partie de la Comédie et a fait le tour dans les rues de l’écusson, avec, parmi les slogans, un « Mbappé président ! ».
En définitive, qu’on aime ou pas le football, et malgré la vague nationaliste entraînée par un tel événement, cette finale de Coupe du Monde n’a ressemblé à aucune autre.
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SCALP / No Pasaran 34
Antifascisme radical et lutte de classes à Montpellier
http://www.scalp34.wordpress.com

Face à la direction de la fac, la lutte se radicalise

Article du site Le Pressoir.

La dernière assemblée du 15 mars se donne une tonalité de lutte. La précédente AG avait alors sombré dans le défouloir des briseurs de grève. L’assemblée doit être présentée non pas comme un simple espace démocratique, mais comme un outil de lutte. L’assemblée doit favoriser la prise de décision et fixer les grandes lignes d’un mouvement. Elle doit permettre l’auto-organisation de la révolte.

Assemblée de lutte

Les prises de parole expriment davantage un discours politique. Un témoignage de Toulouse dénonce les syndicats qui s’opposent à la grève et tentent de canaliser la lutte. A Toulouse, le mouvement propose un blocage économique. La proposition positive suscite l’enthousiasme. Un étudiant critique la direction de l’Université. Il demande la démission du président et propose de mettre une pression constante sur la direction de la fac.

Cravate violette sur chemise noire, un étudiant se présente comme un membre du SEUM et un sympathisant du Modem. Il prend le contre-pied du discours citoyenniste de défense de l’Université. Il propose l’abolition de l’Etat et des services publics. Il appelle à perturber les cours alternatifs mis en place par le comité de mobilisation. Il propose la grève et le blocage de la fac jusqu’à la démission du président Patrick Gilli. Il propose également de brûler la fac, sans doute l’institution plus que les bâtiments.

Un autre étudiant propose une interdiction de campus pour le président. Celui qui se prend pour un monarque aime bien interdire de campus tous ceux qu’il considère comme les meneurs de la révolte. Cette fois-ci, c’est lui qui pourrait être interdit de campus. Malheureusement, ces diverses propositions ne passent pas. Mais elles fixent un niveau d’exigence qui permet de reconduire la grève et le blocage jusqu’au 26 mars. De quoi bien organiser le mouvement et la journée inter-professionnelle du 22 mars.

Comité de mobilisation

Le comité de mobilisation qui se réunit le 16 mars prend une nouvelle tournure. Le bâtiment administratif, dans lequel siège la direction, est bloqué. Mais le président convoque les syndicats pour tenter de briser la grève. Sa manœuvre grossière échoue. Ses mails agressifs et ses multiples tentatives d’achever le mouvement permet aux étudiants et étudiantes de comprendre la véritable nature du président. Non, ce n’est pas juste un prof de gauche qui tente tant bien que mal de gérer une situation critique. C’est un bureaucrate qui veut faire régner l’ordre dans une fac élitiste fermée aux milieux populaires. Beaucoup se sentent trahis par l’attitude du président.

Le comité de mobilisation regroupe souvent une centaine de personnes qui veulent participer activement à la lutte. Certes, seuls quelques militants, la plupart des hommes, s’expriment à chaque fois. Mais ces réunions sont toujours importantes car les étudiantes et étudiants moins politisés s’expriment de manière gestuelle pour approuver un propos. Surtout, les commissions en petits groupes permettent davantage de prendre la parole pour exprimer un point de vue.

Rencontre avec Patrick et la direction

« On demande Patrick. Il est parti ? C’est à Patrick ». Voilà comment le président de la fac est annoncé. Ce qui lui enlève toute forme d’autorité ou de statut particulier. Le comité de mobilisation, comme l’assemblée, se présente comme un cadre anti-hiérarchique. Pour intervenir, il faut s’inscrire sur un tour de parole. La présidence de la fac ne comprend pas cette démarche. Des dirigeants de la fac demandent à recevoir une délégation dans leur bureau. Le comité refuse ce principe de la délégation qui consiste à confier la parole et le pouvoir à quelques syndicalistes responsables qui se font enfumer dans des bureaux administratifs. Il n’y aura plus de négociation de couloir. La délégation de l’assemblée, c’est un comité de mobilisation ouvert à tous.

Les étudiants et étudiantes n’expriment aucune agressivité ou même conflictualité. Le refus de s’adresser au pouvoir n’est pas leur motivation. Mais ils et elles restent attachés au cadre de l’auto-organisation et au refus de la délégation de pouvoir. Les membres de la direction peuvent librement s’exprimer dans le cadre du comité. Mais ils doivent s’inscrire sur un tour de parole. Ils sont ensuite appelés par leur prénom, comme le veut l’usage. Cet attachement à des principes anti-hiérarchiques est perçu par le président comme une humiliation. Il est dépossédé de son statut et de son autorité. Son discours révèle alors toute sa vacuité. Une étudiante parle fort pour s’adresser à des bureaucrates qui tournent les talons. Ils refusent de participer au comité de mobilisation et d’écouter les personnes qui s’expriment et répondent à leurs maigres arguments. La direction montre son vrai visage plein de morgue et de mépris. Mais aussi d’impuissance et de ridicule.

Paul-Va ingouvernable

Des étudiantes et étudiants s’adressent déjà au comité de mobilisation pour organiser des événements. La présidence veut une fac morte et annule tous les initiatives étudiantes. Mais le comité prend le relais. C’est maintenant le mouvement de lutte qui permet l’organisation des événements étudiants, et non plus une direction institutionnelle qui semble prendre l’eau. Le pouvoir passe aux mains du mouvement.

Après ce comité amusant, un « printemps des chaises » est lancé. Il s’agit de vider les bâtiments du matériel qui permet de fortifier les barricades. Le mouvement doit se rendre maître du campus. Les bâtiments doivent être entièrement bloqués. Mais c’est le bâtiment de la direction qui fait les frais de la plus grande inventivité. C’est une véritable pyramide qui se dresse pour empêcher la direction de se réfugier dans son palais. 
Ce n’est pas le mouvement qui a d’emblé exprimé une conflictualité frontale avec la direction. Bien au contraire. Le blocage a même semblé soutenu et cogéré avec la présidence. Mais les mails agressifs du président et la découverte d’une clique méprisante prête à briser l’avenir de la jeunesse pour se maintenir au pouvoir ont été bien plus efficaces que tous les discours de mise en garde.

Pression continue

Le 20 mars c’est le site de Saint-Charles qui est bloqué pour « mettre une pression continue sur la direction de la fac », selon l’expression décidée à l’AG. Le bâtiment abrite notamment les doctorants. Le coup est réussit. Patrick Gilli vient en personne avec toute une escorte. La DGS de la fac, responsable de la discipline et de la sécurité, mais aussi des policiers des Renseignements généraux sont de la partie. Les étudiants et étudiantes se prennent la main et avancent en sautillant. Ils font une farandole en direction du président. Cette esthétique bon enfant suffit pourtant à l’énerver et à le faire fuir. Comme Patrick Gilli le dit lui-même dans le torchon local : « le mouvement s’est radicalisé »

Même si cette lutte comporte quelques limites, notamment avec quelques étudiants qui monopolisent la parole. Ce sont souvent des militants gauchistes attachés à un discours réformiste de défense de l’Etat plutôt que de parler des effets concrets de la sélection sociale. Le cadre de l’auto-organisation devrait au contraire permettre à n’importe qui de s’approprier la lutte. Le mouvement doit maintenant s’élargir, organiser des actions pour bloquer au-delà de la fac et participer à une véritable lutte inter-professionnelle
Le mouvement s’est rapidement radicalisé. La lutte permet de réfléchir collectivement et individuellement. Le mouvement permet de se forger une réflexion critique et de prendre conscience dans notre force collective. Il ne doit plus y avoir de retour à la normale.

L’art de la pacification sociale

Article du média « Zones Subversives »

L’art de la pacification sociale
L’art et la culture se piquent parfois d’irrévérence. Mais l’art reste avant tout une industrie qui participe à la pacification sociale.

 

La culture comprend l’art et la littérature, mais aussi tout un ensemble de pratiques. La culture se traduit également par des règles et des codes qui révèlent son appartenance de classe. L’accès et la consommation de la culture légitime reste un privilège réservé à une élite. Mais la culture apparaît également comme un secteur économique important. La culture favorise ainsi une domestication sociale et économique.

Les lieux de création sont alors séparés de la critique sociale et politique. La culture devient même un instrument de conquête, que se soient dans les quartiers populaires ou au-delà des frontières avec la francophonie. L’éditeur Laurent Cauwet soulève les enjeux actuels liés à la culture sans le livre La domestication de l’art.

 

                                                   

                                             

 

La domestication des artistes

 

La culture est un Ministère, lieu de décision et de production. « Un lieu qui produit les spectacles, les débats, les artefacts consommables de l’art, de la littérature et de la pensée », décrit Laurent Cauwet. L’économie de la culture dispose également de ses prolétaires, condamnés à continuer de créer pour survivre. « Toute personne employée par cette vaste entreprise n’a pour autre destin que de servir ses maîtres », constate Laurent Cauwet. Le travail culturel doit se plier à des contraintes pour se soumettre au cadre de l’État et du marché afin de toucher des cachets et des subventions. Le prolétarisation de l’art impose l’auto-censure et le formatage.

La poésie ne rentre pas dans le cadre de l’industrie culturelle. Elle se diffuse dans les fanzines ou dans la rue sur des affiches. Mais la poésie reste liée à l’art. Ce sont des poètes qui sont à l’origine des principaux mouvements d’avant-garde artistique. Les dadaïstes sont avant tout des poètes qui inventent de nouvelles pratiques artistiques. La poésie est alors reliée à la vie quotidienne. « Ces avant-gardes historiques ont en commun une même dynamique : la volonté de concevoir une poésie totale qui peut s’exprimer hors du livre, du musée ou du théâtre… pour se mêler intimement à nos vies », souligne Laurent Cauwet. Mais l’institution ne retient que de la poésie uniquement le spectacle et la muséification. Un milieu poétique peut alors se créer avec ses petites entreprises.

La culture devient une arme de domestication. Les artistes de rue valorisent davantage l’artifice que la réflexion critique. Les animateurs socio-culturels se rendent dans les quartiers populaires pour éduquer leurs habitants. Ils sont payés par le même État qui produit des crimes policiers. « Ce qui est demandé à l’artiste rémunéré par l’entreprise culture, c’est de participer à la pacification, sous couvert d’intégration, des habitants des quartiers populaires, tenter de faire croire en la sollicitude et la bienveillance de l’État, convaincre cette population que leur parole, leur regard, leur pensée ont un sens et comptent », observe Laurent Cauwet. Moins violent que le policier, l’artiste adopte la même fonction d’empêcher toute forme de révolte. Le public doit rester passif et apprivoisé.

                                             Ruben östlund présente un tas de graviers dans un musée à Stockholm, et des visiteurs forcément interloqués.

 

L’hypocrisie de l’art

 

Les grandes messes festives, comme la fête de la Musique ou la Gay Pride, colonisent l’espace public. Ces manifestations culturelles éradiquent le débordement et la transgression joyeuse contenue dans la fête. L’élite et le bon peuple doivent communier ensemble dans ces évènements. Ensuite, ces fêtes de type « Capitale européenne de la culture » participent au remodelage de l’espace public et à l’embourgeoisement urbain. L’opération Marseille 2013 permet d’éloigner les classes populaires des centres villes, comme le montre le film La fête est finie.

L’hypocrisie de l’art devient également grotesque. La subversion doit rester cantonnée dans le cadre culturel pour rester inoffensive. Par exemple, une œuvre valorise le vol. Mais lorsqu’elle est volée, le commissaire d’exposition n’hésite pas à appeler la police. La critique du travail peut être mise en avant, mais pas la critique de l’entreprise qui finance l’exposition.

 

Les institutions publiques et privées peuvent désormais largement collaborer. La fondation Louis Vuitton permet de mettre en avant des œuvres, mais fait surtout la promotion de son entreprise de luxe. Mais Louis Vuitton peut tranquillement organiser des expositions dans des musées publics. Cette entreprise peut ainsi redorer son image de marque. Louis Vuitton a participé à la collaboration avec l’État français sous Vichy. Elle participe également au groupe LVMH, dirigé par Bernard Arnault, Cette entreprise n’hésite pas à exploiter des ouvrières bulgares avec des faibles salaires. Mais LVMH reste un puissant annonceur publicitaire, ce qui explique l’engouement médiatique pour la fondation Louis Vuitton.

La fondation Imago Mundi de Benetton célèbre la diversité culturelle. Elle commande des œuvres aux artistes du monde entier. Mais elle se garde bien d’évoquer l’exploitation des ouvrières et des ouvriers dans les usines des pays pauvres. L’art permet à Benetton de se donner une bonne image.

La brochure La fête est finie évoque Lille capitale européenne de la culture. Ce texte analyse le rôle des manifestations festives, désormais moteurs de la pacification sociale. « L’idée qu’ici le Capital n’avance plus à coups de canon, mais précédé d’une milice dansante, bruissante, bigarrée d’artistes en costumes et de branchés sous ecsta ne nous est pas encore familière », analyse la brochure. La culture et l’aménagement urbain permettent la normalisation.

   

         Manifestation d'intermittents du spectacle à Paris en mars 2010.

 

Contestation et créativité

 

Laurent Cauwet décrit bien l’imposture de l’art et de la culture. Sous des couverts de liberté d’expression et d’irrévérence, l’art participe pleinement à la pacification sociale. Laurent Cauwet montre bien les enjeux politiques qui traversent le milieu artistique. Cette plongée dans le monde culturel permet également de décrire les évolutions de la société. Laurent Cauwet rappelle que l’art est avant tout une industrie. Les artistes restent soumis aux patrons et aux institutions qui les énumèrent. Cette approche matérialiste permet de briser l’émerveillement autour d’évènements artistiques encensés par les médias. Les fondations et les entreprises du luxe qui contrôlent le marché de l’art fournissent de nombreux exemples d’un art hypocrite qui vise à masquer la misère et l’exploitation.

En revanche, Laurent Cauwet égratigne un peu moins les artistes. La lutte des intermittents du spectacle en 2014 montre bien leurs tiraillements. Ils contestent un Ministère de la Culture qui par ailleurs les subventionne. Le mouvement social repose donc sur une hypocrisie. Surtout, loin d’un rapport de travailleur à patron, les intermittents se vautrent dans l’entre soi du petit milieu culturel. L’art et l’intérêt général réunissent exploiteurs et exploités dans la défense de la culture. Les analyses critiques sur les mouvements des intermittents révèlent toutes ces contradictions qui traversent le milieu artistique.

En revanche, Laurent Cauwet reste lucide sur les possibilités de faire pencher l’art du côté de la contestation. Certes, il défend la poésie qu’il édite. Mais peu d’artistes parviennent à vivre à la marge de l’État et du marché. Laurent Cauwet souligne bien la dimension poétique des révoltes sociales. Le cortège de tête et les nombreux tags qui enjolivent l’espace urbain pendant le mouvement de 2016 semblent plus poétiques que les spectacles subventionnés et les expositions des fondations. Ce n’est pas l’art qui peut apporter du conflit et de la critique. C’est la contestation sociale qui peut devenir poétique et créative.

 

Source : Laurent Cauwet, La domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique, 2017

 

Articles liés :

L’imposture de l’art contemporain

Miami : art et urbanisme

Lutte des classes et urbanisme à Paris

 

Pour aller plus loin :

Radio : Fiac : marché de l’art ou art de marché ?, émission Comme un bruit qui court diffusée sur France Inter le 28 octobre 2017

Radio : Poésie et lecture(s), émission diffusée sur France Culture le 16 septembre 2016 

Vidéo : Lecture poésie armée enregistrée à Manifesten en février 2014

 

Jean-Philippe Cazier, Laurent Cauwet, La domestication de l’art, publié sur le webzine Diacritik le 14 septembre 2017

Compte-rendu de Frédéric Thomas publié sur le site de la revue Dissidences le 7 octobre 2017

Bertrand Verdier, La domestication de l’art de Laurent Cauwet, publié sur le site Sitaudis le 18 septembre 2017

Articles de Laurent Cauwet publiés sur le site des éditions Al Dante

Articles de Laurent Cauwet publiés sur le site Mediapart

Laurent Cauwet, La pratique de l’édition est difficile, donc possible, publié dans la revue Lignes n°20 en 2006

Manifesten : Bernard Hiedsieck inaugure ce 19 septembre le nouveau lieu des éditions Al Dante, publié dans le webzine Inferno le 19 septembre 2013

Laurent Cauwet, séance Qui-vive du 28 février 2013

Anne Pitteloud, Al Dante pas encore cuit, publié dans le journal Le Courrier le 9 décembre 2006

 

Nicolas Langlais, « Culture en danger », si seulement…, publié sur le site de la revue Temps critiques en janvier 2006

Une illustration des limites du consensus démocratique dans la lutte – La grève des intermittents à Cratère surface (Alès), publié sur le site Exploités énervés le 12 août 2014

Mafalda et Valérian, On a les chefs qu’on mérite. À propos du mouvement des intermittents du spectacle, publié sur le site DDT21 Douter de tout…

La DRAC de Montpellier méprise les précaires, publié sur le site Le Pressoir le 26 février 2016

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En marche… vers la guerre sociale !

Cette année notre nouveau président a décidé d’annoncer la couleur: moins de droits, plus de pauvreté, moins de liberté pour nous et plus de pouvoir et de richesse pour la classe dominante. Avec les ordonnances macron ce profil pour tout le monde (dont les jeunes seront une des catégories les plus touchées) un avenir de plus en plus sombre.

En effet les ordonnances macron c’est: simplifier le licenciement pour une entreprise multinationale alors qu’elle fait des bénéfices, le CDI projet qui permet à un patron de licencier à peu de frais et quand il le souhaite, les syndicats qui ne seront plus obligatoire dans les négociations au sein des entreprises de moins cinquante personnes, l’augmentation de la CSG à charge des tavailleur-euses (permettant l’allégement des charges patronales), la fin des accords de branches au profit des accords d’entreprises (en bref cela veut dire que sous chantage de chômage nous devrons accepter n’importe quel condition de travail,), la baisse du nombres de représentants du personnel dans les boites ce qui renforcera la dictature du parton au sein de l’entreprise, moins de contrôle sanitaire et de sécurité ce qui aboutira a plus d’accidents de travail et de harcèlement. (500 mort en moyenne chaque année beaucoup plus que le terrorisme!) A cela il faut ajouter la fin des contrats aidé 120000) sans solution de rechange, la baisse des APL, le gel du point d’indice des fonctionnaires, la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires en cinq ans.

Quel avenir nous réserve t-on? Moins de place a l’université avec une sélection a l’entrée sur tirage au sort et un nombre de places de plus en plus limitées dans de nombreuses filières (socio staps pyscho).
La destruction du modèle salariale traditionnel avec des statuts dépourvus de droits sociaux et de protections vitales: ce qui aboutit a des taffs de merdes super précaires payer 500 600 boules avec lesquels payer des loyers prohibitifs que le gouvernement refuse d’encadrer alors même qu’il baisse les APL et allège les impôts des plus riches. Des taffs ou nous sommes mis tous en concurrence les un-es avec les autres histoire qu’on se foute tous bien sur la gueule pendant qu’ils accumulent leurs profits..

Avec la nouvelle loi anti-terroriste l’état policier se renforce.
Les keufs ont désormais droit de vie et de mort sur nous: ils peuvent tirer sans motif de légitime défense (loi modifiée par hollande), ils peuvent perquisitionner sur simple suspicion d’ «atteinte a la sûreté de l’état» et mettre le bracelet électronique à n’importe quel suspect sans avoir besoin de l’accord d’un juge. Demain cet état policer se renforcera encore et nous empêchera de lutter contre les atteintes a nos droits sociaux.. c’est maintenant ou jamais : nous sommes a un tournant historique!

Pendant ce temps les conséquences de la crise du capitalisme s’aggrave :
les menace de guerre s’intensifient, les idées d’extrême droite gagnent du terrain et se concrétisent par des violences réelles, les migrants fuyant la guerre et la misère sont désignés responsables d’une crise qu’il subissent de plein fouet, le réchauffement climatique inhérent a notre modèle économique provoque des catastrophes de plus en plus dramatiques et des conséquences irréversibles pour la biosphère. Et macron et sa clique nous présentent encore le capitalisme dérégulé comme étant le modèle de société le plus épanouissant!

Mais on se fout de la gueule de qui?
Et par dessus tout notre président nous dit qu’on est des feignasses. Il est tant de lui rappeler que les prolétaires produisent TOUTES les richesses et que le capital ne peut exister sans notre travail, que sans nous ils ne sont rien.
On se doit de rappeler cela a notre président-jupiter et on le doit à nos ancien-nes qui sont mort sur les chantiers, sous des plafonds bourrés d’amiante a celles et ceux qui sont mort dans des guerres qui n’étaient pas les leurs et cela toujours et encore pour les intérêts de la classe dominante. Alors que faire? Dans le passé nos ancien-nes se sont levés et de leurs révoltes nous avons acquis des droits; en 36 en 68 le joug du capitalisme et de l’état a était sérieusement secoué, rien n’est impossible si nous nous levons! L’économie n’est pas une donnée naturelle qui pèse sur nous comme une malédiction éternelle: elle a un début, elle aura une fin et pour commencer nous pouvons refuser de subir une énième loi qui nous mettra encore plus dans la merde afin de renforcer le pouvoir et les privilèges de ceux qui nous mènent aujourd’hui au bord du gouffre.

Ensemble nous pouvons renverser la vapeur et foutre le zbeul dans ce monde de merde! Les contradictions du capitalisme explosent et nous avec…toujours moins de nature, moins de liberté, plus d’exploitation, plus de misère pour nos frères et nos sœurs de classe. On constate jour après jour que le capitalisme est une impasse qui nous mène doucement mais sûrement vers le chaos et la folie. Face a ce quotidien morbide et ennuyeux que nous propose le système capitaliste nous devons faire de la gréve et de l’insurrection une véritable œuvre d’art car dans une société qui abolit toute possibilité d’aventure la seul aventure reste l’abolition de cette société.

A bas les ordonnances macron ! A bas l’État policier ! Mort au capitalisme !
Lycéen-nes, etudiant-es, travailleu-euses, chômeur-euses révoltons nous ! Organisons des comités de gréve et d’action !

SCALP – No Pasaran 34 (scalp.mtp@live.fr)

Les chômeurs sont-ils des profiteurs ?

Article publié dans SCALPel n°4.

De fait, on pourrait tous travailler.
Le chômage est brandi sur la tête des travailleurs comme une épée de Damoclès: attention, vous risquez de vous retrouver au chômage et votre vie sera fichue. Or les patrons ont besoin du chômage pour faire peur à leurs employés, le chômage
fait partie des négociations pour maintenir les salaires bas et pour inciter les
ouvriers à être « flexibles », c’est-à-dire soumis.

Les patrons n’ont pas intérêt à ce que le chômage disparaisse sinon ils devraient mettre en oeuvre une réelle répartition des bénéfices, car si tout le monde travaille tout le monde doit être payé. Les politiciens actuels ne feront ainsi jamais disparaître le chômage puisqu’il sert aux puissants de ce pays.
Il serait si simple et profitable à tous d’abolir le salariat et de répartir le travail, mais dans le système actuel ça n’arrivera jamais.

Le chômage profite aux classes supérieures et les chômeurs sont gardés pauvres, pas pauvres au point qu’ils aient envie de se révolter, pas trop pauvres pour qu’ils
continuent de se conformer au système qui a été créé pour eux.

Pôle Emploi ne sert pas à trouver du travail (même pas 13% des chômeurs inscrits trouvent du travail grâce à cette institution) mais à surveiller les chômeurs, pour cultiver la peur de ne rien faire. Or, quand le chômeur trouvera du travail il ne deviendra jamais aussi riche que son patron.

Si on abolit le salariat et qu’on répartit le travail, le chômage ne sera plus qu’un simple souvenir.