Archives de Catégorie: Réflexions

Analyses et réflexions politiques

En marche… vers la guerre sociale !

Cette année notre nouveau président a décidé d’annoncer la couleur: moins de droits, plus de pauvreté, moins de liberté pour nous et plus de pouvoir et de richesse pour la classe dominante. Avec les ordonnances macron ce profil pour tout le monde (dont les jeunes seront une des catégories les plus touchées) un avenir de plus en plus sombre.

En effet les ordonnances macron c’est: simplifier le licenciement pour une entreprise multinationale alors qu’elle fait des bénéfices, le CDI projet qui permet à un patron de licencier à peu de frais et quand il le souhaite, les syndicats qui ne seront plus obligatoire dans les négociations au sein des entreprises de moins cinquante personnes, l’augmentation de la CSG à charge des tavailleur-euses (permettant l’allégement des charges patronales), la fin des accords de branches au profit des accords d’entreprises (en bref cela veut dire que sous chantage de chômage nous devrons accepter n’importe quel condition de travail,), la baisse du nombres de représentants du personnel dans les boites ce qui renforcera la dictature du parton au sein de l’entreprise, moins de contrôle sanitaire et de sécurité ce qui aboutira a plus d’accidents de travail et de harcèlement. (500 mort en moyenne chaque année beaucoup plus que le terrorisme!) A cela il faut ajouter la fin des contrats aidé 120000) sans solution de rechange, la baisse des APL, le gel du point d’indice des fonctionnaires, la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires en cinq ans.

Quel avenir nous réserve t-on? Moins de place a l’université avec une sélection a l’entrée sur tirage au sort et un nombre de places de plus en plus limitées dans de nombreuses filières (socio staps pyscho).
La destruction du modèle salariale traditionnel avec des statuts dépourvus de droits sociaux et de protections vitales: ce qui aboutit a des taffs de merdes super précaires payer 500 600 boules avec lesquels payer des loyers prohibitifs que le gouvernement refuse d’encadrer alors même qu’il baisse les APL et allège les impôts des plus riches. Des taffs ou nous sommes mis tous en concurrence les un-es avec les autres histoire qu’on se foute tous bien sur la gueule pendant qu’ils accumulent leurs profits..

Avec la nouvelle loi anti-terroriste l’état policier se renforce.
Les keufs ont désormais droit de vie et de mort sur nous: ils peuvent tirer sans motif de légitime défense (loi modifiée par hollande), ils peuvent perquisitionner sur simple suspicion d’ «atteinte a la sûreté de l’état» et mettre le bracelet électronique à n’importe quel suspect sans avoir besoin de l’accord d’un juge. Demain cet état policer se renforcera encore et nous empêchera de lutter contre les atteintes a nos droits sociaux.. c’est maintenant ou jamais : nous sommes a un tournant historique!

Pendant ce temps les conséquences de la crise du capitalisme s’aggrave :
les menace de guerre s’intensifient, les idées d’extrême droite gagnent du terrain et se concrétisent par des violences réelles, les migrants fuyant la guerre et la misère sont désignés responsables d’une crise qu’il subissent de plein fouet, le réchauffement climatique inhérent a notre modèle économique provoque des catastrophes de plus en plus dramatiques et des conséquences irréversibles pour la biosphère. Et macron et sa clique nous présentent encore le capitalisme dérégulé comme étant le modèle de société le plus épanouissant!

Mais on se fout de la gueule de qui?
Et par dessus tout notre président nous dit qu’on est des feignasses. Il est tant de lui rappeler que les prolétaires produisent TOUTES les richesses et que le capital ne peut exister sans notre travail, que sans nous ils ne sont rien.
On se doit de rappeler cela a notre président-jupiter et on le doit à nos ancien-nes qui sont mort sur les chantiers, sous des plafonds bourrés d’amiante a celles et ceux qui sont mort dans des guerres qui n’étaient pas les leurs et cela toujours et encore pour les intérêts de la classe dominante. Alors que faire? Dans le passé nos ancien-nes se sont levés et de leurs révoltes nous avons acquis des droits; en 36 en 68 le joug du capitalisme et de l’état a était sérieusement secoué, rien n’est impossible si nous nous levons! L’économie n’est pas une donnée naturelle qui pèse sur nous comme une malédiction éternelle: elle a un début, elle aura une fin et pour commencer nous pouvons refuser de subir une énième loi qui nous mettra encore plus dans la merde afin de renforcer le pouvoir et les privilèges de ceux qui nous mènent aujourd’hui au bord du gouffre.

Ensemble nous pouvons renverser la vapeur et foutre le zbeul dans ce monde de merde! Les contradictions du capitalisme explosent et nous avec…toujours moins de nature, moins de liberté, plus d’exploitation, plus de misère pour nos frères et nos sœurs de classe. On constate jour après jour que le capitalisme est une impasse qui nous mène doucement mais sûrement vers le chaos et la folie. Face a ce quotidien morbide et ennuyeux que nous propose le système capitaliste nous devons faire de la gréve et de l’insurrection une véritable œuvre d’art car dans une société qui abolit toute possibilité d’aventure la seul aventure reste l’abolition de cette société.

A bas les ordonnances macron ! A bas l’État policier ! Mort au capitalisme !
Lycéen-nes, etudiant-es, travailleu-euses, chômeur-euses révoltons nous ! Organisons des comités de gréve et d’action !

SCALP – No Pasaran 34 (scalp.mtp@live.fr)

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Les chômeurs sont-ils des profiteurs ?

Article publié dans SCALPel n°4.

De fait, on pourrait tous travailler.
Le chômage est brandi sur la tête des travailleurs comme une épée de Damoclès: attention, vous risquez de vous retrouver au chômage et votre vie sera fichue. Or les patrons ont besoin du chômage pour faire peur à leurs employés, le chômage
fait partie des négociations pour maintenir les salaires bas et pour inciter les
ouvriers à être « flexibles », c’est-à-dire soumis.

Les patrons n’ont pas intérêt à ce que le chômage disparaisse sinon ils devraient mettre en oeuvre une réelle répartition des bénéfices, car si tout le monde travaille tout le monde doit être payé. Les politiciens actuels ne feront ainsi jamais disparaître le chômage puisqu’il sert aux puissants de ce pays.
Il serait si simple et profitable à tous d’abolir le salariat et de répartir le travail, mais dans le système actuel ça n’arrivera jamais.

Le chômage profite aux classes supérieures et les chômeurs sont gardés pauvres, pas pauvres au point qu’ils aient envie de se révolter, pas trop pauvres pour qu’ils
continuent de se conformer au système qui a été créé pour eux.

Pôle Emploi ne sert pas à trouver du travail (même pas 13% des chômeurs inscrits trouvent du travail grâce à cette institution) mais à surveiller les chômeurs, pour cultiver la peur de ne rien faire. Or, quand le chômeur trouvera du travail il ne deviendra jamais aussi riche que son patron.

Si on abolit le salariat et qu’on répartit le travail, le chômage ne sera plus qu’un simple souvenir.

Avortement, Pikachu et manipulation

Article publié dans SCALPel n°4.

Depuis quelques mois on peut voir sur internet ou dans la rue la propagande réactionnaire du groupe « Les Survivants ».

https://i1.wp.com/img2.wikia.nocookie.net/__cb20130313231409/scratchpad/images/3/32/Pikachu2.pngVous avez peut être vu leurs sites et autres animations sur internet sans en connaître les réelles intentions : une croisade anti IVG digne des pires Catholiques intégristes.

Ainsi, ils ont développé un jeu vidéo ou il faudrait sauver Pikachu de l’avortement. Surfant sur la vague Pokémon Go, il met en scène un oeuf de Pikachu que l’internaute doit choisir de laisser éclore ou non.

Une femme qui ferait le choix d’avorter serait alors une vilaine méchante tueuse de mignon Pikachu. Une grossière technique de manipulation des jeunes publics, qui pour beaucoup n’ont pas encore été sensibilisés à la question de l’IVG et aux lourdes conséquences qu’impliquerait sa restriction, en amenant la jeunesse à associer cette pratique fondamentale dans une société de droits à la disparition d’un de leur personnage fictif favori. Une tartufferie qui fait son effet.

En utilisant les nouveaux outils d’informations, « Les Survivants » usent de  méthodes sournoises : par exemple en rachetant des noms de domaines de sites ou les jeunes vont s’informer sur la contraception et l’IVG, ou ceux des mouvements pro-choix, afin d’occuper tout l’espace médiatique et interactif. Le niveau d’indécence à été pulvérisé quand le groupe à acheté le nom de domaine « Simone Veil » quelques jours après le décès de celle qui fût porteuse de la dépénalisation de l’avortement.
Au delà du message anti-choix véhiculé, ces méthodes sont malhonnêtes et perfides. En se cachant derrière une façade de neutralité idéologique, et en feignant une démarche purement informative Ils ont réussi a s’imposer comme les premières sources visibles d’information sur le sujet ( sites ivg.net,ecoutivg.org , moncorpsmonchoix.com …etc).

Il s’agit là d’une manipulation visant en priorité les jeunes femmes les plus désarmées face a une grossesse non désirée, ce qui est donc une stratégie particulièrement répugnante consistant à cibler les personnes vulnérables. Ce genre de propagande est issu des milieux catholiques « pro-life » (anti-avortement) dont on ne compte plus les liens avec l’extrême droite. Tout ce beau
monde, enjolivé par une communication moderne et une esthétique des plus fun, milite activement pour revenir sur la loi Veil de 1975, donnant enfin le droit aux femmes de choisir la maternité ou non.
Si vous aviez vécu avant la promulgation de cette loi, vous auriez été contraints d’élever des enfants que vous n’auriez pas désiré à chaque grossesse accidentelle et ce quel que soit votre âge et votre situation sociale ou affective. Ce qui aboutissait alors à un ensemble de souffrances psychologiques, pour les parents comme pour les enfants non désirés. Tant sur le plan financier qu’affectif ou sanitaire, on ne pouvait garantir un cadre familial adéquat à une éducation correcte des enfants..

Peut-être auriez-vous alors tenté d’avoir recours à un avortement clandestin, à l’aiguille à tricoter, au péril de votre vie. Aujourd’hui encore des milliers de
femmes meurent chaque année des suites d’avortements clandestins opérés dans des conditions désastreuses à cause de cette même répression :

Il est donc impératif de réaffirmer le droit aux femmes et aux parents d’avoir ou non des enfants, de pouvoir choisir quand et comment assumer cette responsabilité, et s’ils souhaitent l’endosser ou non.
De pouvoir offrir à ces enfants des conditions décentes et stabilisantes pour leur toute nouvelle vie.

Pour finir, il est important de dresser le portrait idéologique promu par ces
campagnes, et porté en premier lieu par Emile Duport, professionnel de la
communication et des stratégies marketing, et fondateur des « Survivants ». ,Un homme donc, se positionnant en porteur de morale rétrograde, qui lutte pour
s’octroyer le droit de contrôle total de l’utérus des femmes, des jeunes filles et des hommes trans. A base de punchlines corrosives, il affirme notamment
en s’adressant à ces dernières : « Tu as un corps, il est fait comme ça pour être mère et pas pour avoir une sexualité récréative ». C’est donc, au-delà du
message « pro-vie » que cherche à imposer ce mouvement, une remise en question globale du droit des femmes à disposer de leur corps, qui devraient
être réservés à la maternité imposée, et à disposer de leur sexualité, dont les plaisirs devraient être réservés aux hommes. Nous sommes donc en 2017.
C’est aux femmes de choisir d’être mère ou non, et aucune entrave ne devrait leur être imposée dans leur sexualité. Une des bases vitales de leur émancipation est de pouvoir refuser une maternité qu’elle n’ont pas choisit et un régime de tutelle qui les condamneraient a subir des principes religieux et patriarcaux, sous peine de sanctions légales ou de stigmates moraux.

Nos corps nos choix !
Lâche mes ovaires !
Pikachu existe !

  • Il est cependant à noter que la plupart des noms  de domaines usurpés par « Les survivants » ont été bloqués par la justice.

Bloquer son lycée : mythes, réalités et méthodologie

Article publié dans SCALPel n°4.

Que ce soit pour réagir à une injustice au sein du lycée (règlement intérieur, sanctions disciplinaires injustes), se mobiliser contre la précarité (Loi Travail, baisse des APL …) ou juste pour faire face à l’ennui des cours, bloquer son lycée est souvent une modalité d’action efficace, mais souvent considérée comme difficile à mettre en oeuvre. En effet, plusieurs idées reçues existent sur les blocus lycéens, sur lesquelles nous souhaitons revenir :

– « Le blocus, un truc de flemmards pour sécher les cours »
-> Traiter de flemmards celles et ceux qui se pointent devant leur lycée à 6h du matin pour bloquer leur lycée, et donc potentiellement risquer des sanctions disciplinaires, c’est assez ironique ! Sur les motivations pour bloquer son lycée, si vouloir sécher les cours n’a absolument rien de honteux (dans son livre « Insoumission à l’école obligatoire », Catherine Baker en parle même comme d’un acte politique en soi), il est souvent plus simple de tout simplement pas aller en cours, plutôt que de se lancer dans un blocus. Le blocage est une modalité d’action politique assimilable à la grève chez les salariés. Pour des mineurs, la seule manière de faire grève sans avoir une absence signalée aux parents, c’est de bloquer leur établissement d’enseignement. Si il n’y a pas de cours, il n’y a pas de notification d’absences, CQFD !

– « Une minorité qui impose sa volonté à une majorité »
-> C’est vrai que dans chaque lycée, les proviseurs sont élus démocratiquement par l’ensemble des lycéens et personnels … Euh … What ? Eh non, les proviseurs sont nommés par l’Éducation Nationale ! Donc si on pose la question de la démocratie, elle devrait en priorité se poser à la gestion du lycée. De plus si un blocus est réellement minoritaire, il y a peu de chances qu’il tienne plus de 10 minutes. A t’on déjà vu (à part dans Game Of Thrones), 10 « guerriers » tenir tête à plusieurs centaines d’opposants ? Bref, si le blocus tient, c’est qu’il est, de fait, majoritaire.

– « Il faut être au moins 100 pour y arriver ! »
-> La question du nombre est moins importante que la question de l’organisation. Dans la plupart des lycées Montpelliérains, il suffit d’arriver à une quinzaine de lycéens déterminés 1H30 avant le début des cours, munis de quelques containers, pour bloquer son établissement.Bien entendu, il est touours plus simple de bloquer son lycée quand l’effet de surprise est total, et que la direction du lycée (voire les flics) n’ont pas pu prévoir quand il aura lieu.

– « Le blocus est illégal »
-> La grève est un motif légal et légitime d’absence en cours. Comme on l’a dit plus haut, la seule façon pour des lycéens et collégiens de faire grève, c’est de bloquer leur établissement. Donc, le blocus n’est pas considéré, en tant que tel, comme un acte illégal.

Si tu as besoin de conseils ou d’aide pratique pour bloquer ton lycée, ou si tu veux juste relayer ton blocus, rendez-vous sur la page facebook « Bloque ton lycée » : https://www.facebook.com/Bloque-ton-lyc%C3%A9e-367818970062608/

Les allocations tuent notre pays. C’est vrai. Mais à qui sont-elles destinées ?

Article publié dans SCALPel n°4.

Les allocations d’aide au logement sont données aux gens qui sont trop pauvres pour être propriétaires afin qu’ils payent leur loyer, ainsi, en réalité, ce sont les propriétaires spéculateurs immobilier qui touchent les allocations d’aide au logement.

La sécurité sociale est versée directement aux médecins et aux pharmacies, ainsi ce ne sont pas les malades qui bénéficient de cet argent, les vrais destinataires de cet argent sont les laboratoires pharmaceutiques.
Ce sont donc des gens qui gagnent déjà énormément d’argent qui récoltent l’argent de l’État.

Les pauvres sont gardés pauvres pour que les riches restent riches. Les pauvres ne servent que de passeurs de capitaux. À travers les allocations et les aides sociales l’État entretient les riches, il faut repenser le système pour qu’il n’y ait plus de pauvres. La seule crise que subit ce pays est une mauvaise répartition des richesses.

Toujours plus de sélection sociale à l’université Paul Valéry

Alors que l’année 2017 a été marquée, dans le milieu étudiant montpelliérain, par la mobilisation contre la mise en place de la sélection en Master, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) nous apprend que plusieurs milliers d’étudiants se retrouvent sans aucune inscription à l’université Paul Valéry – Montpellier 3. Cette situation a été déclenchée par la politique élitiste deu président de l’université, Patrick Gilli. Ce dernier, dans un contexte de victoire d’une logique entrepreneuriale au sein des universités, se comporte davantage comme un patron voyou que comme le gestionnaire d’un service public. L’an dernier, la mobilisation des étudiants « sans fac » avait permis de forcer la direction de l’université à accepter 79% d’entre-deux. Cette année, l’objectif c’est 100 % ! Cette mobilisation contre la sélection sociale ne réussira pas sans un soutien extérieur. Nous relayons plusieurs articles et communiqué sur le sujet :

 

 

A la recherche du mouvement étudiant à Paul Valéry …

Depuis le mois de janvier, la nouvelle est tombée comme un couperet sur les étudiantes et étudiants de l’université Paul Valéry à Montpellier : désormais, l’obtention de la licence ne suffira plus à garantir l’accès en Master. En effet, la direction de l’université, ayant obtenu le feu vert législatif, a décrété la mise en place d’une sélection sociale dont même le groupuscule de la droite universitaire UNI n’aurait pas osé rêver.

Face à une telle attaque, on aurait pu imaginer que les masses étudiantes se soulèvent en nombre contre la direction de l’université, menées par les multiples syndicats et organisations étudiantes. Si le syndicat SCUM (Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier) a essayé effectivement, durant ces longs mois, de soutenir un rapport de force contre la direction de l’université, ils ont été bien seuls côté syndicats : l’UNEF, qui au niveau national avait validé la sélection en Master, n’existe plus à Paul Valéry, et Solidaires Étudiants semble trop occupé par l’organisation d’événements culturels subventionnés par l’université. Seul le syndicat CGT des personnels de l’université, et les élus étudiants du « Comité Étudiant Indépendant » ont suivi cette mobilisation étudiante, portée dans sa quasi-totalité par des étudiants non-encartés.

Suite à l’Assemblée Générale du 1er février, ayant rassemblé plus d’une centaine d’étudiantes et d’étudiants, une dynamique semblait s’être lancée, avec un mot d’ordre simple : empêcher la direction de la fac de mettre en place la sélection en Master. Une conflictualité assumée avec la présidence de l’université, rompant de fait avec toute possibilité de compromissions et de dévoiement de la lutte, et portée dans sa quasi-totalité par des étudiantes et étudiants assumant une défiance claire vis à vis des syndicats et organisations politiques. Radicalité et autonomie, la mobilisation ne pouvait ainsi pas mieux débuter, et les militants du SCALP-No Pasaran 34 y ont pris part.

Mais cette spontanéité s’est fracassée à un manque de cadres collectifs d’organisation. C’est ce manque d’organisation collective qui a permis a une poignée d’étudiants, opposés au rapport de force décidé auparavant, de transformer l’action prévue du 21 février, à savoir l’envahissement du Conseil des Études et de la Vie Universitaire, en simple envoi de délégation au sein de l’instance. Ainsi, la sélection en Master a été votée en toute tranquillité par la direction de l’université, après avoir fait semblant d’écouter cette délégation.

Alors qu’une action similaire est prévue dans la perspective du Conseil d’Administration du 28 février, le syndicat SCUM décide de prendre les devants afin d’éviter que ce type de sabotage se réitère. Dans le plus grand des secrets, ils s’introduisent le jour J dans la salle du Conseil d’Administration quelques heures avant, et l’occupent avec un petit déjeuner. Si l’action permet effectivement d’empêcher de façon efficace le conseil de se réunir à l’endroit prévu, il ne l’empêche pas, l’effet de surprise passé, de trouver refuge dans un autre bâtiment. Là encore, c’est le cadre collectif d’organisation qui fait défaut. En délaissant l’action collective au profit d’une action commando, le syndicat le plus combatif a de fait laissé la gestion de cette action collective aux fractions les moins combatives. En effet, alors que les membres de la direction se réfugiaient dans un autre bâtiment, seuls deux ou trois étudiants ont tenté d’entrer en force dans le conseil, se heurtant à la passivité voire à la réprobation des militants d’autres syndicats. Les portes se sont refermées, et le Conseil d’Administration a pu voter la sélection en Master tranquillement. Si il y avait eu une meilleure coordination entre les « petit-déjeuneurs » et les quelques étudiants les plus radicaux à l’extérieur, l’issue de cette matinée n’aurait certainement pas été la même.

Alors qu’à l’occasion des Journées Portes Ouvertes, des étudiants mobilisés soutenus par la CGT, le SCUM et des militants autonomes, mettaient en place un piquet de grève perturbant l’opération marketing de la direction, puis organisaient le 17 mars un apéritif satirique fêtant la « Saint Patrick Gilli », du nom du président de l’université, l’association Solidaires Étudiants et le « Comité Étudiant Indépendant » organisaient pour le 23 mars un rassemblement contre la sélection. La bonne surprise de ce rassemblement fut la venue de nouvelles têtes, mais la mauvaise nouvelle fut le constat que la quasi-totalité des étudiantes et étudiants mobilisés au cours des mois précédents avaient déserté la mobilisation. Alors que les organisateurs proposaient aux étudiants présents l’adoption d’une énième motion et l’envoi, encore une fois, d’une délégation auprès de la direction, les étudiants ont préféré tenter de s’inviter en masse dans le bâtiment administratif, et se sont retrouvés face à la réalité brute du « dialogue social » au sein de l’université : des portes coupe-feu verrouillées de l’intérieur.

C’est alors qu’une Assemblée Générale improvisée se tient, sans Solidaires Étudiants, mais en présence de militants du « Comité Étudiant Indépendant » et du SCUM, et vote à l’unanimité le blocage de l’université pour le 30 mars. Mais malheureusement, là encore, l’absence d’organisation collective suite à cette décision conduit à une attitude consommatrice, sous-traitant aux syndicats l’organisation pratique de l’action. Les étudiantes et étudiants ayant décidé du blocage ne sont pas celles et ceux qui effectivement étaient présents le jour J, face au président de l’université et à un nombre impressionnant de vigiles. Les étudiantes et étudiants présents, dont les militants du SCALP-No Pasaran 34, décident alors de ne pas aller à l’affrontement avec le dispositif de sécurité, et mettent en place un barrage filtrant.

Plusieurs mois après le début de ce mouvement atypique, les leçons semblent être enfin tirées : une Assemblée Générale se tient, et met sur place un Comité de Grève afin d’organiser collectivement les actions contre la direction de l’université.

Si nous nous sommes réjouis de la conflictualité et de la radicalité portée par cette mobilisation depuis ses débuts, force est de constater que le manque d’organisation autonome des étudiantes et étudiants mobilisés a empêché cette mobilisation de se massifier et de monter en puissance sur la durée.

Alors que dans d’autres universités, les directions ont reculé sur la mise en place de la sélection face aux mouvements étudiants, une même issue victorieuse semble aussi à portée de main à l’université Paul Valéry.

Dès la rentrée des vacances universitaires, plusieurs actions seront programmées par le Comité de Grève. Il est important pour assurer sa réussite que la lutte étudiante se développe aussi hors du huis-clos universitaire et de l’isolement qui en découle vis à vis des autres mobilisations sociales.

En effet, si il y a bien une chose crainte par tous les pouvoirs, c’est bien la multiplication des terrains de luttes et leur coordination dans le but d’une généralisation de la lutte des classes à tous les secteurs de la société.

Organisons-nous pour devenir ingouvernables !

SCALP-No Pasaran 34 – scalp.mtp@live.fr

Pouvoir, marchandages et votes : une matinée dans les coulisses de la démocratie universitaire.

Article initialement publié sur le site montpelliérain « Le Pressoir ».

Pouvoir, marchandages et votes : une matinée dans les coulisses de la démocratie universitaire.

Mardi 10 mai 2016, c’était jour d’élection à l’Université Paul Valéry – Montpellier 3. Pas une élection ouverte à tous, mais un vote au sein d’un des conseils centraux de cette université, le Conseil des Études et de la Vie Universitaire (CÉVU). Il s’agissait, durant cette longue matinée, de désigner le futur vice-président de ce conseil, ainsi que de procéder à l’élection du futur vice-président étudiant.

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Les étudiants réformistes contre la lutte

Nous relayons ici un article publié sur le site « Montpellier en luttes », dénonçant les pratiques d’étudiants tentant de décourager les lycéens d’entrer pleinement dans la lutte contre l’odieuse Loi Travail. Les militantes et militants du SCALP – No Pasaran 34 sont des lycéens, travailleurs et étudiants prêts à apporter une aide concrète et technique à toutes les formes de luttes (blocages, manifestations). N’hésitez pas à nous contacter si besoin (scalp.mtp@live.fr).

Les étudiants réformistes contre la lutte

Un papier d’ambiance sur la misère en milieu étudiant pendant le mouvement sur la Loi Travail. Cela concerne la journée 25 mars à Montpel. Nous pouvons lire aussi quelques conseils pour bloquer son lycée.

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« Étudiez, y a rien à voir »

Texte de critique de l’éducation, et des luttes menées en son sein, rédigé sur le site web https://avaleurtravail.wordpress.com/

« En théorie, il n’y a pas de différence entre la théorie et la pratique.
En pratique, il y en a une. »

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La supercherie de l’Université commence avec ce mensonge selon lequel elle constituerait un monde à part de la production économique, une soi-disant société d’initiation intellectuelle, un cocon en dehors de l’Histoire chargé de former, bien à l’abri, les penseurs de demain. Or il n’en est rien, l’Université est un secteur parmi d’autres de la production économique, secteur dont la fonction est de former des futurs travailleurs. Le statut de l’étudiant n’est qu’un statut de transition en attendant l’intégration de celui-ci au salariat. S’il lui arrive de se salarier durant ses études, l’étudiant ne se salarie bien souvent que pour pouvoir étudier, et il n’étudie généralement que pour se salarier ensuite. Le salariat présent de l’étudiant est le simple moyen financier de ses études et le salariat futur est le but encore incertain de celles- ci : en attendant l’étudiant n’a que son statut d’étudiant pour lui servir de promesse. Et c’est parce que ce statut n’est rien d’autre qu’une promesse que les étudiants peuvent être si aisément les sujets de toutes les arnaques.

Le rôle d’étudiant est un rôle charnière : il n’existe qu’en- devenir, dans sa valeur (dépendante de son diplôme) de futur travailleur, dans les rôles potentiels qu’il est appelé à jouer ultérieurement dans le salariat. Ce que nous appelons « rôle d’étudiant » n’est donc pas un rôle figé mais un processus d’intériorisation d’un futur statut, sous ses différentes modalités. L’étudiant n’existe pas concrètement, il n’est pas une entité, il n’est jamais présent, simplement, en tant que dispositif, il fonctionne, dans des façons de penser et de faire plus ou moins conformes. Il est une figure de propagande, le surplus idéologique qui s’ajoute à tel ou tel contrôle local de la future main d’œuvre, le visage souriant de l’intégration paisible à l’exploitation économique.

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Le système éducatif est un secteur comme un autre de la production capitaliste, censé produire la force de travail intellectuelle plus ou moins qualifiée dont la fourchette de valeur dépend du grade de diplôme. Pour cela le système éducatif fonctionne comme institution disciplinaire, c’est à dire qu’il façonne des façons de voir, de penser et de se comporter, qu’il fait intérioriser des normes, qu’il opère une mise en conformité des individus avec le marché. Ces opérations se déroulent à couvert d’un fétichisme encore insuffisamment interrogé : celui du « savoir ». A peu près rien de ce qui est appris à partir du début du collège ne sera ni mémorisé, ni utile « plus tard » (faites le test vous-même : prenez le programme d’une classe de 5e). Dans la mesure où l’on nous bourre le crâne de connaissances abstraites, qui ne sont pas directement utiles dans nos vies quotidiennes, qui ne sont pas directement reliées à une pratique, c’est toujours le bachotage qui constitue la seule et unique organisation possible du travail d’étude : apprendre la veille, recracher le jour même, oublier le lendemain. C’est donc de compétition et de sélection sociale, doublé d’une question de dressage disciplinaire, dont il est question derrière les mythes de la « transmission des savoirs » et de la « qualification », et qui se réalise dans le système de notation.

Une note ne peut pas évaluer l’usage du savoir, et quand bien même elle le pourrait, la nécessité économique à laquelle la note est suspendue (note = diplôme = travail = argent = survie) fausserait déjà la donne. Le pseudo-savoir dispensé n’est pas la fin, mais l’alibi du racket de notre temps libre ; pour assembler quelques paragraphes de banalités à apprendre, recracher et oublier, il nous faut en passer par un enchevêtrement de contraintes : inscriptions, frais financiers, achat de matériel, réveil, transports, heure de pointe, horaires, règlements, autorités diverses (autorité du maître, autorité de l’administration, autorité infra-policière des vigiles…). C’est à tout un chacun de déterminer l’usage qu’il veut faire du savoir qu’il acquiert, mais l’étudiant n’apprend pas dans l’optique de faire usage de sa connaissance, il étudie dans l’optique de devoir être trié et sélectionné pour espérer avoir à bouffer un jour. C’est d’abord en ce sens que la liberté d’étudier qu’on nous oppose au moment des blocages est une absurdité, étudier n’est pas un droit ni une liberté, c’est une des diverses modalités proposées d’obéissance à une contrainte de masse : intégrer la sphère de l’exploitation économique. Toute analyse doit partir de là.

Ainsi, si nous tombons d’accord avec ces autocollants idiots qui pleurnichaient que « Les élèves ne sont pas des clients » c’est uniquement parce que nous savons que l’étudiant est, au contraire, une marchandise dont la valeur est en formation. Et si nous tombons d’accord avec ces badges idiots qui pleurnichaient que « Le Savoir n’est pas une marchandise » ce n’est que dans la mesure où nous savons bien que le « savoir » n’est que la mystification entourant le processus de production de la véritable marchandise universitaire : le futur travailleur. La notion de « consommation » que l’on met volontiers à toutes les sauces n’est pas à prendre au sens superficiel de « rapport marchand » mais de destruction d’un produit sous sa forme finie. Ce que l’étudiant « consomme » en cours ce n’est pas l’enseignement mais son propre temps libre. Et comme pour le temps de travail abstrait du salariat classique, ce temps revient sous sa forme coagulée habituelle : la valeur.

Ce que le diplôme universitaire sanctionne finalement, c’est l’achèvement d’une mise en conformité au système marchand et indique, en conséquence de cet apprentissage de la soumission, le prix auquel le travailleur pourra décemment espérer se vendre : la valeur du travailleur c’est la quantité de temps de liberté qui a été extrait du corps avec son propre consentement, la quantité de travail d’autocontrainte que celui-ci a effectué pour s’autoproduire ; et le diplômé est finalement cet être qui a écrasé ses qualités pour en faire des compétences mesurables, qui a fini d’opérer sa réduction quantitative pour pouvoir enfin être balancé sur le marché du travail. Pour se convaincre de notre propos, tout étudiant est invité à jeter un œil au livret de n’importe quelle U.F.R : le coefficient de valeur d’une unité d’enseignement dépend uniquement de son volume horaire, c’est-à-dire : 24 heures, 48 heures ou 72 heures. La misère de l’étudiant n’est ainsi rien d’autre que celle d’une autre figure bien connue, avec laquelle il se recoupe : le prolétaire. Ainsi de ce triste constat : rien ne relie positivement les étudiants entre eux, rien d’autre qu’une exploitation à laquelle ils sont sommés de s’identifier sous différentes modalités mystifiées.

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Cette mystification du savoir, qui rejoint au final celle de la valeur d’usage sur la valeur d’échange, est le non-dit autour duquel tournent toutes les pseudo-critiques réformistes de l’université, même chez les enseignants autoproclamés « anticapitalistes ». Les professeurs ne sont pas dans le même bateau que les élèves, au contraire, ils occupent une position de pouvoir consistant à procéder à la disciplinarisation et au procès de valeur de ceux-ci. Il semblerait que certains anticapitalistes bavards aient arrêté de lire Le Capital à sa couverture : toutes les réflexions sur l’université s’arrêtent sagement au constat larmoyant que la marchandise universitaire ne se vend plus, ou de plus en plus mal. Tout au plus dénoncera t- on la dévalorisation croissante des diplômes sur le marché du travail, qui ne suscite chez personne, et surtout pas chez les professeurs, fussent –il « de gauche », un embryon de réflexion approfondie sur leur rôle et sur le système de notation et de contrôle de présence. Si les professeurs veulent, à l’avenir, pouvoir prétendre soutenir les mobilisations étudiantes, nous leur proposons deux modalités d’action très simples : la note maximale à tout le monde, ainsi que le refus du contrôle de présence. Et aussi qu’ils arrêtent de monopoliser la parole aux assemblées générales étudiantes, voire, en fait, qu’ils ne la prennent jamais. Ils ne peuvent jouer qu’un rôle de soutiens de leurs étudiants, et à ce titre ils doivent se taire et se mettre à disposition.

Les raisons de l’impensée critique que nous déplorons ici n’est pas à chercher plus loin que dans la plus banale analyse sociologique : comme institution de reproduction sociale, la fonction de l’université est de produire massivement du sous- travailleur intellectuel (à peu près jusqu’au niveau licence) puis du prof d’université (à partir du master). La direction de l’université, de ses différents pseudo-conseils « démocratiques » jusqu’à ses différents pseudos- syndicats (de l’UNEF à la CNT en passant par SUD) est ainsi totalement monopolisée par des profs, des fils de profs et/ou des futurs profs. L’expérience du mini- cycle de lutte qui va des grèves de 1995 jusqu’au mouvement des retraites de 2010 en passant par la LMDE, le CPE et les deux mouvements LRU, se clôt sur le constat en demi-teinte, non pas qu’il n’y aurait rien à attendre du syndicalisme étudiant, mais que le syndicalisme étudiant n’existe tout simplement pas, à l’heure actuelle.

Il existe un syndicalisme de profs et/ou de futurs profs, mais les intérêts étudiants ne sont pas représentés, et la condition des étudiants n’est pas pensée car le champ des luttes universitaires est parasité par ceux qui y tiennent, ou y tiendront, les rôles de contremaîtres. Nous avons perdu du temps à dénoncer la progression sécuritaire à l’Université, à nous mobiliser contre les caméras, les vigiles, à dénoncer peut être de façon anecdotique la collaboration de « certains » profs, de « certains » syndicats étudiants mais jamais des profs et des syndicats pour ce qu’ils sont. Nous avons perdu du temps avec les inepties autogestionnaires, nous avons perdu du temps à réclamer une gestion « alternative », voire une « autogestion » de l’Université, sans même savoir que l’Université était déjà autogérée par les professeurs. Le « Savoir » n’est pas en train de se « marchandiser » comme s’il existait a priori, comme une espèce de corpus tans-historique que l’on pourrait sauver au-delà du salariat. Le « Savoir » est une production sociale historiquement spécifique. En l’occurrence il s’agit du savoir « dominant », ou « légitime », à l’exclusion des autres.

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Ancienne « noblesse d’état », fin de race sentant le déclin de son petit règne, c’est tout naturellement que, à la faveur de la crise, la faune de profs soi-disant « gauchistes » connaît un virage de plus en plus réactionnaire, typique des classes- moyennes intellectuelles frustrées qui, au monopole de la critique, voudraient s’attribuer le monopole de la politique. Le fantasme du prof gauchiste est la « cité des philosophes », où il tiendrait bien évidemment le rôle du « philosophe » chargé d’éclairer le gouvernement. Privé de son emploi de « conseiller du Prince » au profit des technocrates, condamné à devenir toujours plus visiblement ce qu’il a toujours été essentiellement, c’est-à-dire un contremaître de la production de main d’œuvre intellectuelle (de moins en moins) qualifiée, le prof de fac tourne à l’aigreur. Plutôt que de s’essayer à une critique de l’économie politique conséquente de sa position, voir (pourquoi pas ?) une analyse sociologique de l’université, il saute dans la réaction à pieds joints. Le « déclin des valeurs », voila ce qui explique tout naturellement que personne ne daigne s’intéresser à lui et à son avis éclairé : ce doit être de la faute des « étudiants », ces petits monstres décadents et « consuméristes » (ah, le « consumérisme »), qui ne se soucient que de leur note (c’est-à-dire de leur future position sur le marché du travail, c’est-à-dire de leur survie matérielle) plutôt que de briller des yeux devant l’étendue de ce « Savoir » qu’il a la passion et la vocation de « transmettre ». Salauds d’étudiants !

La « solution », le « prof de gauche » l’a trouvé : il faut « renforcer la sélection à l’Université », c’est à dire faire redevenir celle-ci encore davantage l’unité de reproduction de la noblesse d’Etat qu’elle avait initialement la vocation d’être, c’est-à-dire qu’il faut foutre dehors ceux qui « n’ont rien à faire là » (« ON les a mis là vous comprenez »), c’est-à-dire les classes les plus populaires. Comme chez tout fonctionnaire, il est vain d’espérer un sursaut de radicalité chez le prof : il se rangera toujours naturellement du côté de son employeur. Sauf, évidemment, si le gouvernement se mettait en tête de lui faire faire un peu correctement son boulot, par exemple en instaurant un programme national à respecter et en établissant une inspection académique pour les enseignants- chercheurs. Outre le fait de daigner nous donner des enseignants qui soient diplômés dans la matière qu’ils prétendent enseigner. Tout cela serait largement plus intéressant pour les intérêts des étudiants que toutes les gesticulations plus ou moins pseudo- radicales des guignols de l’UNEF, de SUD, de la CNT et autres faux- syndicats étudiants qui ne font que mobiliser les étudiants pour les revendications de leurs profs.

Ce dont les étudiants sont privés c’est déjà de la capacité à penser politiquement leur situation, c’est-à-dire à se reconnaître comme pris dans l’alternative politique de la soumission ou de la révolte à leur exploitation ; à la place on les maintient dans le coma artificiel de la neutralité, bien à l’abri dans le nid idéologique douillet de « l‘Université » qui, soi disant, développerait leur esprit critique pour qu’il n’ait pas à subir mais à construire leur propre futur. « On rasera gratis demain », en attendant l’université comme lieu de production de la critique séparée n’est rien de plus qu’un long apprentissage détourné de la résignation professionnelle et de sa justification intellectuelle. On n’y parle peut- être pas toujours pour ne rien dire, mais on y pense systématiquement pour ne rien faire.

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Le prolétariat auquel nous appartenons (que nous le voulions ou non, malheureusement) est un statut précaire, et précaire aussi en ce sens qu’il peut être remis en cause. L’ordre établi n’est jamais établi une fois pour toutes, il est, pour nous, une permanente défaite sans bataille sur un empire de passivité, c’est dire toute l’importance que le divertissement en est venu à occuper. Les étudiants sont ainsi les cibles privilégiées de l’illusion du loisir et du temps-libre, qui occupe une place prépondérante dans la propagande moderne.

Les sitcoms télévisées en sont l’exemple parfait. Prenons l’exemple concret d’une sitcom américaine (« How I met your mother ») : ce programme nous présente des stéréotypes de la classe- moyenne intellectuelle progressiste américaine (un architecte, une institutrice, une journaliste, un avocat écologiste et un businessman cynique) vivant des aventures incroyables pendant leurs heures de loisirs, aventures déjà incroyables par ce fait étrange qu’elles ont toute la capacité de se dérouler (sans empiéter sur leur sommeil) en dehors du temps de travail, travail qui n’est presque jamais représenté, tout étant fait pour convaincre le spectateur que le temps de loisir constituerait un temps à part, autonome et propice à des aventures fantastiques, permettant une réalisation individuelle et un renforcement et un approfondissement des liens collectifs.

Propagande grossière, évidemment, il suffit de s’adonner à une de ces minables alcoolisations puériles qui entrecoupent les heures de cours des étudiants pour découvrir le fossé qui règne entre le spectacle et la vie réelle : malgré le fait que les étudiants tentent d’imiter les héros des séries qu’ils ingurgitent, l’aventure n’est jamais au rendez-vous de la fête. Ou, comme le disait ce slogan griffonné sur un mur de Paris, un beau jour de mai : « Dans une société qui abolit toute aventure, la seule aventure qui demeure est l’abolition de cette société ! ».

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Malgré toutes les prétentions de certains militants à « sortir » du milieu universitaire, et malgré le mépris qu’ils affichent pour « l’étudiant » l’université demeure malgré tout, par sa nature, un lieu privilégié de production de la critique, même si celle-ci demeure souvent séparée de la pratique. Le snobisme anti- universitaire de certains radicaux ne dissimule souvent que leur mauvaise conscience sociale et le mépris refoulé qu’ils ont d’eux-mêmes : lorsqu’ils brocardent « l’étudiant », ils confondent bien souvent les étudiants réels et la représentation spectaculaire de l’étudiant, dont ils sont souvent eux-mêmes les plus emblématiques. Quoiqu’il en soit ce snobisme est désuet depuis quelques décennies : nous ne sommes pas les étudiants de mai 68, nous ne sommes pas issus de la même époque, nous dit-on, mais surtout pas de la même classe sociale. Quoiqu’on en dise, il n’y a statistiquement pas, ou très peu, de « petits- bourgeois » à l’Université, et il suffit très simplement d’aller chercher les statistiques officielles pour s’en rendre compte.

On doit à Bourdieu et à sa notion de « capital culturel », utilisée n’importe comment par les milieux gauchistes, cette généralisation grotesque du terme de « petite- bourgeoisie ». Il faut le redire ici : le « capital » est un rapport de production, fondé sur la propriété privée des moyens de productions permettant une exploitation en vue d’une reproduction élargie (accumulation). Les ressources ne sont du « capital » que si elles permettent d’établir un rapport d’exploitation en vue d’une accumulation. Un travailleur intellectuel n’est donc pas un « bourgeois » mais un « travailleur », donc un « prolétaire ». Il ne dispose pas de « capital culturel » mais d’une « force de travail intellectuelle » qui lui permet simplement d’être exploité à un taux de rémunération et de valorisation sociale et symbolique supérieure à celui du prolétariat ouvrier. Les étudiants ne sont donc pas des « petits- bourgeois » mais du prolétariat intellectuel plus ou moins qualifié. Simplement à la catégorisation économique, assez simple, des classes correspond une réalité sociale plus stratifiée et plus complexe même si, à la faveur de la moindre crise, cette pseudo- stratification complexe se resserre vite aux deux points antagonistes classiques de la polarisation capitaliste.

Loin de l’image fantasmée qu’ON fait entretenir aux étudiants à leur propre sujet, ce je-sais-tout qui serait gentiment précaire et romantiquement révolutionnaire, et qui ne demanderait soi- disant rien de mieux que de pouvoir donner son avis pour que la gestion de la misère, à commencer par la sienne, soit « plus démocratique », la misère de l’étudiant implique un rapport de force permanent. Face à leurs contremaître, qu’ils soient professeurs, chargés de T.D ou syndicalistes, les étudiants sont seuls, et penser notre situation implique une violence à laquelle nous ne sommes pas habitués, et c’est seulement cette violence que l’on nous reproche à chaque mouvement, à chaque grève, à chaque blocage. L’université est un secteur économique parmi d’autres, sur lequel il importe tout autant de mener la lutte. Nous avons pris notre part à ces luttes, nous prendrons notre part à celles à venir.