Les étudiants réformistes contre la lutte

Nous relayons ici un article publié sur le site « Montpellier en luttes », dénonçant les pratiques d’étudiants tentant de décourager les lycéens d’entrer pleinement dans la lutte contre l’odieuse Loi Travail. Les militantes et militants du SCALP – No Pasaran 34 sont des lycéens, travailleurs et étudiants prêts à apporter une aide concrète et technique à toutes les formes de luttes (blocages, manifestations). N’hésitez pas à nous contacter si besoin (scalp.mtp@live.fr).

Les étudiants réformistes contre la lutte

Un papier d’ambiance sur la misère en milieu étudiant pendant le mouvement sur la Loi Travail. Cela concerne la journée 25 mars à Montpel. Nous pouvons lire aussi quelques conseils pour bloquer son lycée.

Aide au blocus

Contre la loi travail, des étudiants proposent d’aider au blocus des lycées montpelliérains jeudi 31 mars à l’occasion de la journée nationale de mobilisation.

Quelques conseils

- C’est aux lycéens d’organiser leur blocus et leurs AG.
- Les étudiants ne doivent venir que pour soutenir le blocus.
- C’est aux lycéens de rédiger leurs tracts, avec leurs revendications.
- Pour lancer un blocus, il suffit d’être une grosse douzaine.
- La grève est un motif légal et légitime d’absence en cours.

Si des étudiants veulent aider aux blocus, et que des lycéens veulent de l’aide, nous proposons de faire le lien en messages privés sur cette page.
Il existe aussi le groupe facebook pour s’organiser

La journée du 24 mars

J’arrive à la fac de Lettres de Montpellier un vendredi matin. La veille, le 24 mars, a eu lieu une action au siège du Medef. Pour l’occasion, la fac est bloquée. Je m’attends à un climat contestataire. Je me heurte à un robinet d’eau tiède de la part d’apprentis bureaucrates.

Le matin, je me rends à une action décidée par l’Assemblée générale. Un rassemblement doit demander le remboursement des frais d’inscription des étudiants précaires. Il n’y a pas grand monde au rendez-vous. Visiblement, les actions concrètes attirent moins que les manifs bruyantes encadrées par des syndicats réformistes. Certes, le jeudi soir se déroulent les soirées étudiantes. Se réveiller le lendemain matin après une journée de mobilisation peut être difficile. Surtout, les bureaucrates qui dirigent le mouvement et sa communication n’ont pas fait le battage habituel pour annoncer le rassemblement.

Devant le bâtiment administratif, les discussions se révèlent intéressantes. Les étudiants présents insistent sur l’importance des luttes locales, notamment contre l’urbanisme et pour le logement. Leur réflexion et leur désir de lutte ne se limite pas au simple retrait de la loi. Ils proposent des moments de débats et de réflexion sur le capitalisme et la situation actuelle. Ils en ont marre des vidéos de Gérard Filoche, pseudo expert vendu au PS, qui tournent en boucle dans l’amphi occupé.

Soumission et encadrement

Je me rends justement à ce fameux amphi B, censé être l’épicentre de la contestation étudiante. Un groupe d’étudiantes débarquent. Elles commencent par s’excuser de ne pas avoir participé au rassemblement. Ok, pas de problème, on est pas des moines soldats au service de la Cause. Mais elles se justifient par leur intense activité hier.

« On a passé la fin de journée à enlever les tables et les chaises  »

, annonce fièrement une étudiante. Je m’interroge sur cette volonté de débloquer la fac et de faire du zèle.

« On est pas là pour dégrader. Il faut donner l’image d’un mouvement propre et respectable, sinon on est pas crédible aux yeux de l’administration »

. Je m’agace un peu. J’ironise sur leur soumission de gentils étudiants bien dociles.

Une des étudiantes revient avec deux lycéens. Elle leur donne des ordres – pardon, des conseils. Elle imprime les tracts à distribuer aux lycées, qu’elle a sans doute écrit elle-même. Probablement l’éternel laïus sur la Loi Travail, du sous-Filoche, avec défense de l’exploitation en bandoulière. Cette étudiante revient et se réjouit du comportement des lycéens.

« Ils veulent organiser un débat entre un membre du PS et un défenseur de la Loi Travail  »

, jubile l’étudiante. Je pense avoir mal compris. Je demande des précisions. J’ai bien compris. Je m’agace et je pointe du doigt le groupe d’étudiants. Je dévoile leur jeu : ils sont au Parti socialiste.
Ils s’énervent.

« Non, tu nous insultes. Moi ? au PS ? Je suis encartée à Solidaires étudiant-e-s et au Parti communiste  »

, enrage une étudiante. Je m’excuse. Je pensais sincèrement, d’après leur discours, que ce groupe d’étudiants militait au PS.

Stratégie et pédagogie

Mais je les accuse d’avoir les mêmes méthodes, de chercher à manipuler les lycéens pour les empêcher de bloquer. Ailleurs en France, les blocages se multiplient. Des émeutes éclatent. Des jeunes attaquent des commissariats et tabassent des flics. A Montpellier, pas un seul lycée ne bouge. Mais bon, ce n’est peut-être qu’une question de temps.
Mais je soupçonne quand même les étudiants d’encadrer la colère des lycées.

« Il faut être stratégique. Il faut d’abord faire des réunions avant de bloquer  »

, sermonne une étudiante. Je leur réponds que 20 lycéens déterminés pour bloquer une entrée, c’est largement suffisant. C’est ensuite que le mouvement peut se lancer et se « massifier ».
En fait les étudiants vont même jusqu’à dissuader les lycéens de bloquer. Ils agitent le spectre de sanctions disciplinaires et même de la répression policière, pourtant inexistante à Montpellier. J’accuse les étudiants d’être les larbins du Medef et de tenir le même discours que la CFDT. Ils s’en défendent et agitent leur idéologie anticapitaliste.

« Mais il faut d’abord que les lycéens s’informent sur la loi. Toi, je suis sûr que tu ne connais pas la loi. Cite moi plusieurs articles par exemple »

, dégueule un étudiant plein de morgue. Il se prend pour un prof, je lui donne un cours d’économie à ma façon. Le problème, c’est la précarisation et la crise du capitalisme. La Loi Travail n’est qu’un détail. Il reste bloqué sur la Loi. Impossible de dialoguer.

Ces échanges vifs révèlent plusieurs aspects de ce mouvement. Déjà les étudiants encartés au NPA ou à Solidaires tiennent un discours sous-réformiste. Ils ne sont pas partisans de la grève générale ou du blocage. Derrière l’argument stratégique se déguise un respect de l’ordre capitaliste. Ensuite, non content de ramper devant toutes les autorités, ils veulent encadrer les plus jeunes. Ils se comportent comme une avant-garde, comme les chiens de garde du Capital. Heureusement, une autre partie de la jeunesse semble plus enragée.

Un autre discours existe également

http://montpellier.mediaslibres.org/spip.php?article266

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