Fraude dans les transports publics, mythes et réalités.

Article publié dans SCALPel n°2.

Dans une édition du journal régional Midi Libre, la SNCF de Languedoc-Roussillon déplorait le « coût » que la fraude aux transports représenterait pour elle. Écart de langage maladroit ou adroite manipulation sémantique, peu importe, rappelons qu’il ne s’agit pas d’un « coût », mais d’un manque à gagner pour cette entreprise. Ce manque à gagner est chiffré, pour notre région, à la coquette somme de 350 000 € par an.

Afin de résorber ce manque à gagner, la SNCF de Languedoc-Roussillon annonce une mesure phare : la mise en place « d’équipes de filtrage » dans les gares, soit des contrôleurs supplémentaires, chargés d’arpenter les quais de gare pour chasser le fraudeur, cet animal nuisible aux bénéfices faramineux de cette entreprise. Concrètement, la SNCF régionale va donc recruter 32 personnes pour cette tache sécuritaire.

Curieux de nature, je me suis attelé à faire un petit calcul pour découvrir combien d’argent la SNCF allait « économiser » grâce à ce dispositif. Finalement, il s’avère que l’entreprise va perdre bien plus d’argent en mettant en place ces « équipes de filtrage » que si elle avait décidé de laisser les fraudeurs tranquilles ! En effet, même en imaginant que ces 32 nouveaux employés soient payés au lance-pierre, soit le SMIC horaire brut, cela donne un salaire annuel par agent de 17163€ brut. Et même en faisant comme si les charges patronales n’existaient pas, la somme dépensée pour rémunérer ces 32 nouveaux agents chargés de « lutter contre la fraude », s’avère bien supérieure au manque à gagner que cette fraude induirait. Concrètement, les 32 agents coûteraient 549 216 € à la SNCF du Languedoc-Roussillon. Et là, on ne parle plus de manque à gagner, mais de coût réel ! Soit une somme fortement supérieure au coût de la fraude !

Que retirer de ce petit calcul ? Une chose simple : si les entreprises de transport luttent avec autant d’énergie contre la fraude, ce n’est certainement pas à cause du manque à gagner estimé, puisque les dispositifs sécuritaires reviennent finalement plus chers. Ces dispositifs ont aussi une fonction idéologique. En effet, la répression contre la fraude dans les transports est avant tout une tentative d’étouffement d’une idée, la gratuité. La gratuité induit, de fait, un rapport non marchand. Et ça ferait plutôt mauvais genre si les gens, habitués à ne plus payer leurs transports, se mettaient soudainement en tête de ne plus rien payer …

Alors, tu préfères marcher (au pas), ou tu préfères voler (dans les magasins) ?

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2 réponses à “Fraude dans les transports publics, mythes et réalités.

  1. Pingback: SCALPel, le journal fait à la (r)hache ! Numéro 2. | SCALP - No Pasaran 34

  2. bien que je sois entièrement d’accord avec votre analyse… Si on rentre en ligne de compte les amendes distribués, le calcul est faussé non ?
    Ensuite arrêtons de parler de ‘charge patronale.’ comme si ça les accablais… Parlons plutôt de cotisation le terme est beaucoup plus adaptés !

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