« La démocratie est-elle un projet politique ? » le 11 mai

Causerie-Débat avec Jean-Louis PRAT

La question que je voudrais introduire, « La démocratie est-elle un projet politique ? », correspond au fait que, dans l’usage qu’on fait couramment, aujourd’hui, du mot « démocratie », et quel que soit le jugement, favorable ou défavorable, qu’on porte sur ce que l’on désigne par ce terme, on s’accorde pour considérer qu’il s’agit de la forme juridique et procédurale qui sert de cadre à la vie politique « moderne » – suffrage universel, élections parlementaires, présidentielles, etc., et que, par conséquent, il ne s’agit pas d’un projet politique, ni à plus forte raison d’un projet révolutionnaire : les candidats à des élections, qu’ils soient « de droite » ou « de gauche », s’accordent sur la procédure, et sur la légitimité qu’elle est censée apporter aux élus.

Or cette conception de la démocratie n’est justifiée ni par l’étymologie du mot, ni par le sens que lui avaient donné les mouvements sociaux et politiques qui, au moins depuis le XVIIème siècle, avaient lutté pour l’instauration d’une société démocratique – sans remonter à la démocratie athénienne, où on élisait des stratèges, mais où il n’y avait pas d’élections parlementaires… Mais à partir du moment où on rejette cette conception procédurale de la démocratie, la question qui se pose est de savoir si le mot démocratie (comme tant d’autres mots du vocabulaire politique) peut désigner autre chose qu’une utopie, ou une rêverie nostalgique qui nous transporterait dans l’univers imaginaire de la « liberté des Anciens » (pour reprendre la formule de Benjamin Constant) ou même de cette « société contre l’Etat », que Pierre Clastres a cru pouvoir identifier dans les sociétés précoloniales des « sauvages » américains » : mon intention serait de montrer que la démocratie est inséparable d’un projet d’autonomie, au sens littéral de ce mot, c’est-à-dire d’une société qui se donne elle-même les lois qui la régissent, et qui, naturellement, ne sont pas intangibles, comme le savaient, entre autres, les rédacteurs de la Constitution de 1793 – celle-ci n’étant pas invoquée comme un modèle, mais comme un témoignage du fait que les protagonistes d’une révolution, que certains ont vite fait de cataloguer comme « bourgeoise », avaient en tête autre chose que les fictions légales du régime « moderne ».
JL PRAT

Jean-Louis Prat , philosophe demeurant dans les PO. Ce copain de Michéa a publié plusieurs articles sur la démocratie dans la revue du MAUSS, et à la Decouverte un livre sur Castoriadis.

Vendredi 11 mai 2012 à 20h30 au Centre Ascaso Durruti, 6 rue Henri René, 34 Montpellier.

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