L’urbanisme sert à faire la guerre

Article paru dans le journal anarchiste du sud-Avyron « Et Alors ? » n°6

De tous temps, « L’aménagement » de l’espace urbain a été une préoccupation majeure pour tous les pouvoirs. Le rôle de l’État étant d’assurer la prospérité et la durabilité du système marchand, il est aisément compréhensible qu’il ne peut pas se permettre de voir échapper à son contrôle les vastes entrepôts de marchandise humaine (et non-humaine) que sont les villes.

Il est vital pour l’État de séparer les individus entre-eux, afin que le seul échange possible entre individus soit un échange marchand. De ce point de vue, la concentration humaine que constitue la ville est un danger potentiel, les chances d’y voir éclore des rapports non-marchands étant proportionnelles au nombre d’habitants la composant.

L’urbanisme est l’art de transformer n’importe quel espace de vie commune en vaste scène de spectacle dédiée à la marchandise. Il s’agit bien, en effet, d’une véritable mise en scène visant à enfermer chaque individu s’y trouvant physiquement dans le système marchand. Autrement dit, de réduire chacun en consommateur frénétique.

Certains, tels les « casseurs de pub » et autres décroissants, pensent que quelques aménagements substantiels tels que le retrait des panneaux publicitaires, mettra fin à la propagande marchande de l’espace urbain. Ce faisant, ils oublient que l’espace urbain est lui-même dédié au spectacle marchand.

L’illustration la plus éclatante de la nature réelle de l’urbanisme se niche dans la « réhabilitation » de quartiers anciens. La « réhabilitation » n’est qu’une destruction méthodique de toute possibilité d’échanges non-marchands. Les habitants de la zone « réhabilitée » se trouvent dépossédés de l’espace public, celui-ci étant transformé en une scène aseptisée et sécurisée entièrement dévolue à des rapports marchands.
La magie de l'urbanisme ...

La modification est bien plus que du « vieux », remplacé par du « neuf ».

Concrètement, cette dépossession prend la forme d’une destruction des espaces de vies, remplacés par des espaces fermés, des espaces inventés pour exclure, pour séparer les hommes. A quoi servent ces statues géantes et ces immenses façades ? Elles sont pensées pour signifier à chaque personne la toute-puissance écrasante du système, en renvoyant à chacun l’image d’un être microscopique, impuissant face au gigantisme du monde qui l’entoure. A quoi servent ces éléments « design », accoudoirs et autres bas reliefs ? Ils sont pensés pour exclure, pour interdire à un petit groupe de se former, pour empêcher un sans-abri de se coucher et même pour surveiller le moindre promeneur. Ainsi, plusieurs bancs confortables se verront remplacés par un banc plus « design », forcément inconfortable et si l’on veut être assis sans douleur, il faudra désormais consentir à un rapport marchand en s’installant à la terrasse d’un café. Bien entendu, la zone « réhabilitée » aura été embellie (trottoirs refaits, arbres plantés) : il faut bien emballer la marchandisation d’un papier-cadeau attrayant (voire « bio »), afin d’attirer le consommateur potentiel qu’est devenu le passant. Cette destruction méthodique de toute possibilité d’échanges non-marchands s’accompagne forcément de tout un dispositif de contrôle et de surveillance de la population. Ainsi, les accès et la visibilité seront étudiés pour prendre en compte d’éventuelles interventions des forces de police et, le cas échéant, des caméras de vidéo-surveillance seront installées.

L’urbanisme affiche comme ambition de réunir les hommes. Effectivement, grâce à son intervention, les humains y sont réunis, mais comme rapportés dans l’espace des rapports marchands.

L’urbanisme fait la guerre aux relations qui s’affranchissent de l’emprise de la marchandise, il sert à faire la guerre contre l’être humain.

Comme le disait Le Corbusier, ce sera « l’architecture ou la révolution »*.

Fabien.

* Le Corbusier à dédié sa vie à fournir le capitalisme en ouvriers motivés. Il pensait que l’habitat était un paramètre essentiel de la motivation des ouvriers à travailler. D’ailleurs, il faisait une promotion active de l’exploitation que constitue le salariat : « travailler n’est pas une corvée, travailler c’est respirer ». Concernant l’habitat, cela ne devait surtout pas être un lieu de vie : « une maison est une machine à habiter ».

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